Briscot conclut:
—Tout indiqué pour un tango. Bien du plaisir!
Cette surprise de l'amour-propre masculin, devant ses détachements instantanés, avait grandement amusé Monique, aux trois ou quatre expériences qu'elle avait tentées depuis. Sans les rechercher d'ailleurs, mais en n'hésitant pas à les pousser à bout, chaque fois qu'elles s'étaient trouvées.
Bien que, familiarisée maintenant avec le plus normal et le plus sain des gestes, elle en ressentît, (du moins quand son partenaire le lui savait donner), tout le plaisir que lui avait rageusement souhaité Briscot,—elle n'allait jamais au-delà de sa propre satisfaction, presque toujours ressentie avant que celle de l'autre ne s'achevât.
Alors, du même instinct brutal qui la première fois,—dans cette chambre d'hôtel où elle s'était donnée, à un passant,—lui avait fait rompre prématurément l'étreinte, elle repoussait l'homme, décontenancé. Elle voulait, non subir des maternités hasardeuses, mais n'avoir d'enfants que du père qu'elle aurait, entre tous, choisi… Même lorsqu'elle eût volontiers prolongé le jeu, il suffisait qu'elle perçût l'approche du spasme créateur pour que, volontairement, elle s'y dérobât, d'une secousse adroite.
Jusqu'ici,—après ces rencontres dont le péril, après avoir été un piment de plus, commençait à la décevoir,—elle n'avait gardé qu'une indifférence un peu moqueuse pour ceux qui en avaient été moins le sujet que l'objet. Elle souriait, à la surprise ou à la mauvaise humeur dont, remerciés sans retour, ils accueillaient le congé.
Ce renversement des habitudes et des rôles,—car Monique ne leur laissait aucun doute sur leur utilité secondaire,—leur causait une humiliation ou une irritation qu'ils déguisaient mal. Il leur fallait bien, devant leur fuyante adversaire, s'avouer battus, et, la proie perdue, la regretter. Petites revanches qui, d'abord, avaient flatté sa tenace rancœur…
Elle avait fait, résolument, deux parts de son existence. Celle des distractions,—la plus courte et la moins absorbante—et celle du travail, sa vraie vie. Si tard ou si tôt que ce fût, elle rentrait, toujours seule, rue de la Boëtie.
Jamais elle n'avait laissé franchir le seuil de son logis personnel à d'autres qu'à de vrais amis, comme Mme Ambrat ou le professeur Vignabos, qu'elle invitait parfois, de temps à autre. Tous les matins, même quand parfois elle découchait, elle descendait, à dix heures, de l'entresol où elle habitait, au magasin que Mlle Claire avait déjà fait mettre en ordre et paré, pour la vente quotidienne.