—Non. C'est rationnel. Je ne crois pas à la survivance de l'esprit,—excepté dans les formes que l'art et la science des vivants ont pu créer… Survivance elle aussi éphémère!… Quant aux esprits!… Ah! non, s'ils en avaient seulement un tout petit peu, ils ne s'exposeraient pas à revenir faire un tour dans cette sale vie. Ils resteraient où ils sont!…
Elle montra une potée succulente que le garçon, un Cingalais au chignon tressé, apportait:
—Tiens! dans les choux. Mais il n'y a pas d'esprits. Il y a des forces inconnues sur lesquelles influe peut-être notre intelligence comme elles influencent notre sensibilité.
—Yes, des forces surnaturelles!
—Non! des forces naturelles. Nous ne les connaissons pas encore. On les analysera peut-être un jour. Nous commençons bien à pénétrer seulement le mystère de la chaleur et de l'électricité!
—Et la télépathie, voyons? Et les prémonitions? Et la prophétie d'événements impossibles à prévoir? Ce sont des réalités scientifiquement démontrées. Et les photographies de corps fluidiques? Comment expliques-tu tout cela, à moins d'une intervention spirituelle, à la fois humaine et divine?
Indignée, Lady Springfield frappait la table de son couteau, si vivement que le Cingalais accourut.
—Ah! l'esprit! railla Monique. La table a parlé.
Elle commanda, par contenance, une seconde bouteille de champagne: «—Nous la boirons bien, va!»
—Yes, continua la spirite, en souriant. Et comme cela, ensuite, la table tournera toute seule!… Non, je ne suis pas naïve au point de tout croire. Mais je pense, véritablement, que nos âmes ne meurent pas en même temps que le corps. Leur essence astrale est éparse dans l'infini jusqu'à ce qu'elle se réincarne, sous d'autres formes. Ainsi il y a un rythme de vie universelle dont l'harmonie est conforme à la justice de Dieu.