Elle était en train de prendre une glace, au Napolitain, avec le baron Plombino, Ransom et Mme Bardinot, rencontrés à la sortie, quand, sur la banquette opposée, un homme, dont le regard venait d'attirer le sien, s'inclina, après une hésitation. Elle chercha: qui est-ce?

Cet air de carnassier bilieux, ces yeux de chat et cette barbe rousse?… Elle ne trouvait pas. Consciencieusement l'inconnu s'était remis, en rêvassant, à fumer sa courte pipe. Mais Fernand Dussol et sa femme, qui avaient fait sans bruit leur entrée, s'asseyaient à côté de l'inconnu… Elle comprit, bientôt, qu'on parlait d'elle. Dussol lui fit des signes amicaux. Un instinct—sympathie pour l'un, curiosité pour l'autre—la poussa.

Elle se leva, afin de complimenter le vieux poète et sa femme… Aux premiers mots, Dussol présenta:

—Régis Boisselot… Monique Lerbier.

—Je connais monsieur, dit-elle, en serrant cordialement la grosse main noueuse qu'il avançait, maladroitement.

—Tout le monde a lu Les Cœurs sincères, observa Mme Dussol.

Boisselot grogna:

—Cinquième édition. Le monde est petit! On le savait, madame.

Monique plaisanta:

—Mais non, puisque voilà quatre ans que je n'avais pas eu le plaisir de vous rencontrer!…