—Que ta pipe!… Comment veux-tu que je te croie, après toutes tes promesses, et le joli résultat d'aujourd'hui?

—Il y a un moyen. C'est de me mettre à l'épreuve. Allons-nous-en, nous le pouvons, tous les deux… Tiens, allons-nous-en à Rozeuil! La maison de Rignac est à louer, pour l'hiver. Il la vendrait, au besoin, si on avait envie de l'acheter.

—Pourquoi faire?

—Pour y vivre.

—Tu n'y penses pas!

—Je ne pense qu'à ça. On dit, dans la colère, des paroles qui ne riment à rien, des choses bêtes, qu'ensuite on regrette…

—Par exemple?

—Non, ce n'est pas du passé qu'il s'agit. J'ai eu tort!… C'est du présent, et de l'avenir, qui ne dépendent que de nous. Si tu étais bonne, tu oublierais tout le mal que je t'ai fait, malgré moi. Oui, malgré moi. Parce qu'au fond je ne suis pas méchant… Nous nous en irions loin de Paris, loin des gens. Rien ne nous retient. Moi, mon encrier, toi tes godets, nous emportons notre métier avec nous…

—Si on n'emportait que ça!… Mais on a beau changer, voyager… On ne traîne pas que son métier, comme une valise: on s'emporte avec soi!

—Nous laisserons ici les mauvais souvenirs. Tout ce qui à Paris me poursuit, m'obsède… Ceux que nous trouverons à Rozeuil sont ceux de notre amour. Ils ne nous rappelleront que des joies. En vivant seuls, l'un pour l'autre, nous serons heureux. Je n'ai plus que cette idée: tout faire, pour oublier!… Oublier! oublier!…