La voiture s'était arrêtée. Ils se prirent les mains. Ils ne se parlaient pas et pourtant s'avouaient tant de choses! Soudain, d'un même élan, leurs bouches se joignirent… Le temps d'un long serment!… Puis, tac, elle remit en marche. Ils repartaient, vers leur bonheur.


A la même minute, les Ambrat et M. Vignabos se disposaient à regagner leurs chambres.

—Savez-vous aussi, ma bonne amie, disait le vieux professeur en montant l'escalier, ce que cela prouve? C'est que pour un être jeune qui n'a pas été contaminé, entièrement, par la vie sociale, les mœurs actuelles sont un terrible bouillon de culture! Voici notre garçonne. Elle est sortie de sa double éducation—et de la guerre!—avec la soif d'émancipation qu'ont tant de femmes, ses sœurs…

—Tant? observa Mme Ambrat. Croyez-vous? La plupart sont résignées à leur chaîne! Beaucoup, c'est triste à dire, y sont même attachées.

—Qu'importe! L'élite entraînera la masse. Toutes, elles portent en elles une force bienfaisante, en puissance… Puissance de paix, de justice et de bonté. Force qui s'épanouira!… Comptons pour cela, ma chère amie, sur celles qui ont fait et qui continueront à faire, de plus en plus, leur part de travail, en équivalentes. Peut-on blâmer Monique d'être allée de l'avant, à sa manière?… Un faux pas, oui! Mais tout de même un pas!

—Avouez pourtant que sans Blanchet, dit Mme Ambrat…

—Soit, mais pour être juste, ajoutez que sans Vigneret… Quand une femme trébuche, cherchez l'homme.

—L'homme, toujours l'homme! grommela M. Ambrat. Est-ce qu'il ne serait pas plus juste encore de dire que nous sommes, tous, le jouet d'énergies qui nous dépassent? La joie et la douleur sont aveugles. Les forces seules agissent… Nous enregistrons!

M. Vignabos conclut, indulgemment: