Mme Lerbier, soucieuse de l'avenir matériel, y pensait plus qu'au chagrin de sa fille.
—Comme tu te tourmentes, mignonne! Il a tort, oui… Mais il paraît que cette femme a un caractère de chien! Elle exigeait, pour se tenir tranquille, une somme énorme. Un vrai chantage! D'où ce souper. Voilà au moins ce que Lucien m'a dit, en quelques mots, au téléphone. Il fallait transiger, la convaincre…
Monique secoua la tête.
—Non. Il fallait oser tout m'avouer, franchement, avant de…
Elle hésita. A quoi bon révéler intégralement l'étendue de son grief? Jamais sa mère ne comprendrait à quel touchant mobile elle avait obéi, en se donnant à Lucien, avant le contre-seing social… Une imprudence, oui, mais dont seule elle avait à connaître, puisque seule elle était victime.
—Ne crois pas surtout que ce soit dans ma jalousie que je souffre! Je ne suis pas jalouse, parce que je n'aime plus.
—Alors tu n'aimais pas!
Mme Lerbier regarda sa fille avec une autorité doctorale, l'espérance aussi que dans ces conditions tout n'était peut-être pas encore perdu. Du moment que l'amour tout court n'était pas en cause, on ne rompait pas, par amour-propre, des accordailles officielles.
—Il faut n'avoir jamais aimé pour croire qu'à la première tromperie un sentiment véritable peut disparaître, comme une allumette s'éteint.
—Tu fais erreur, maman. Ma douleur vient au contraire de ce que j'avais voué à Lucien un amour si confiant, si grand que tu ne peux même l'imaginer…