—Dans ce cas, lorsque cet imbroglio sera élucidé, j'espère que…

—Non, maman, c'est fini. Rien ne peut plus s'arranger.

—Pourquoi? Parce que ton fiancé t'a menti? Mais si c'était pour t'épargner un tourment inutile?… Un chagrin que sans ce hasard déplorable tu n'aurais pas eu? Tu lui reproches ce qui n'a été peut-être qu'une attention délicate… un ménagement qui le montre plus soucieux de ton repos, peut-être, que du sien…

—Tu ne comprends pas! soupira Monique avec une amère tristesse. Pour toi, le mensonge de Lucien n'est rien. Si! c'est presque une bonne sinon une belle action!… Pour moi, c'est une faute impardonnable… Pis qu'une escroquerie. Un meurtre!… Le meurtre de mon amour, de tout ce que j'y enfermais de pur, d'ardent, de noble! Je t'étonne. Oui?… c'est qu'entre la façon dont tu envisages le mot et celle dont je conçois l'idée, il y a une muraille de Chine! Nous vivions à côté l'une de l'autre, et je m'éveille à mille lieues… Sache-le, puisque ce qui se débat ici, c'est ma vie, et non la tienne!…

—Tu souffres… et tu exagères…

—Je ne t'ai pas encore dit tout ce que je pense!

Mme Lerbier haussa les épaules:

—Tu t'exagères en tout cas la portée du faux-pas de Lucien. Crois-moi. Si toutes les femmes abordaient le mariage avec l'esprit d'intransigeance que tu affiches, il n'y aurait guère de publications de bans! En revanche, il n'y aurait pas assez de registres pour les transcriptions de divorce! Mais pas un mariage, ma petite, pas un n'y résisterait. Il faut te faire une raison, avoir un peu de bon sens. Oui, le romantisme, les comédies de Musset, A quoi rêvent les jeunes filles!… Et tu dis que tu t'éveilles? Eh bien! ouvre les yeux, regarde autour de toi, sois moderne.

—Le rêve de Ginette et de Michelle n'est pas le mien.

—Le rêve de toutes les jeunes filles est le mariage. Une association sans rapports obligatoires avec l'amour. Et le mariage est… ce qu'il est… Prétends-tu réformer d'un coup la société?…