—Je le jure…
Elle lut dans son regard un doute. Elle ajouta:
—Je le jure sur la tête de ma tante Sylvestre. Et vous savez si je l'aime.
Il s'écria, saisi de rage:
—Peut-on savoir le nom de votre complice?
La stupéfaction, l'amour-propre indigné l'outraient moins que le regret de la combinaison manquée…
—Mon complice? C'est bien le mot bourgeois que vous deviez dire!… Le complice de ma faute, n'est-ce pas?… Un duel? Vous pouvez rengainer votre fureur. D'abord, je ne vous suis rien, je n'appartiens qu'à moi… Ensuite… Je ne le connais pas.
—Vous ne le connaissez pas?
Elle eût souri, si elle l'avait pu, de son ahurissement. Mais tout, en lui, se rebellait. Il haussa les épaules: elle inventait!… Alors, impitoyable, avec une espèce d'apaisement farouche, elle donna des précisions. Elle jouissait de voir se crisper, blêmir à son tour celui de qui elle avait attendu le bonheur de sa vie, et qui l'avait, en une minute, précipitée à l'inconnu…
Lucien Vigneret souffrait sans comprendre. Caractère, éducation, tout en lui faisait obstacle, entre le fait et son appréciation. Il la haïssait, et pourtant la regrettait. Un moment même il balança si, faisant taire sa rancœur, il ne lui proposerait pas la continuation de leurs projets: mariage compensé par une liberté réciproque. Mais avec un numéro pareil!… Mieux valait simplement rattraper l'affaire, sous quelque autre forme, avec le père. Peut-être, somme toute, l'avait-il échappé belle! Il n'en gardait pas moins un sentiment trouble. Perdue,—et de toute manière,—elle lui semblait désirable encore. Autrement, et, peut-être même davantage…