Surexcités par la nécessité et, aussi, par le désir bien naturel de se soustraire à un lourd tribut, quelques pays ont fait faire à leur commerce, à leur industrie des progrès considérables. Sur le terrain de l'art, enfin, nous les retrouvons assez forts pour que nous devions, désormais, compter avec eux.
Tout cela serait alarmant, si nous poussions l'aveuglement jusqu'à nous croire à l'abri d'une dépossession complète. Il n'en est pas ainsi. Quoique faible encore, un courant s'établit dans l'opinion publique, des essais d'intelligente initiative se produisent. Nous avons l'espoir que les résultats obtenus seront de nature à encourager beaucoup d'essais semblables.
Nous n'en voulons citer que deux exemples, mais ils se rattachent d'une manière étroite à notre sujet, et prouvent que nos grandes administrations commencent à moins se préoccuper, heureusement! des bornes où elles se confinaient.
On sait quelles proportions, chaque jour croissantes, prennent les relations entre l'Europe centrale et les villes de l'Amérique du Nord, New-York principalement.
Pour attirer à notre profit fret et voyageurs, nous avons un port excellent, tant par sa situation que par les faciles communications à l'aide desquelles il rayonne sur l'Europe entière: c'est le Havre.
Néanmoins, Hambourg et Anvers lui font une concurrence acharnée, et il a besoin de plusieurs années avant que les travaux décidés en sa faveur puissent être achevés. Fallait-il donc laisser, chaque jour, s'amoindrir un important trafic! Une route négligée ne tarde guère à devenir une route abandonnée.
La Compagnie Transatlantique et la Compagnie des chemins de fer de l'Ouest ont vu le danger. Résolument, elles y ont paré. Une entente commune a amené la création d'un train spécial rapide qui conduit, sans transbordement, les voyageurs de la gare Saint-Lazare au Havre, sous la tente d'accès des paquebots, deux heures avant le départ du navire en charge.
L'innovation est appréciée par tous ceux (le nombre en est grand) qu'une traversée prolongée et houleuse effraye. Sous ce dernier rapport, la réputation de la mer du Nord est faite. Les passagers qui l'ont franchie en peuvent témoigner.