Après l'intérêt des voyageurs, vient celui des marchandises, dont les risques à courir se trouvent amoindris. L'initiative sera donc certainement féconde.
Le second exemple nous est fourni par l'installation d'un service direct entre Marseille, l'Australie et la Nouvelle-Calédonie: la Compagnie de Lyon-Méditerranée y a beaucoup contribué.
Nous ne serons plus tributaires de la Grande-Bretagne pour l'importation des produits australiens, et l'itinéraire choisi amènera une favorable reprise de nos relations commerciales, non seulement avec la grande île océanienne, mais avec nos colonies de la mer des Indes.
C'est, peut-être, le signal du réveil sérieux de la sollicitude du pays pour ses laborieux marins qui, avec joie, mettront dans la balance l'enjeu de leur courage, de leur active volonté.
On ne demande, parmi nos populations côtières, qu'à se souvenir des travaux des ancêtres et, avec peu, on obtiendra beaucoup d'elles.
Les vieilles traditions sont loin d'être éteintes. Chaque fois que l'on entend le récit d'un voyage audacieux ou d'un empiètement sur nos droits, à propos de possessions incontestablement françaises, une légitime fierté évoque les fastes du passé.
Nous ne sommes plus au temps où Ango, simple armateur dieppois, traitait d'égal à égal avec un puissant souverain; mais le moment est venu où nous ne devons plus souffrir les dénis de justice, où nous devons soutenir nos droits, où nous devons, en un mot, assurer à notre marine marchande une large place dans le commerce du monde entier.
N'est-ce pas une chose attristante, quand les tables de statistique maritime mettent en regard la nomenclature des navires des différentes nations? On aurait peine à croire, si les chiffres ne parlaient trop haut, que la France occupe un rang à ce point modeste, et, si l'on jugeait uniquement par eux, il faudrait oublier notre situation continentale, de même que le nombre de nos ports. Il faudrait, surtout, oublier que nos marins comptent parmi les meilleurs et que les avantages pécuniaires, faible compensation d'un rude service, sont, en beaucoup de cas, inférieurs à ceux de l'armée de terre.