Chez plusieurs de nos voisins, nous trouverions une manière d'agir différente. Par tous les moyens possibles, on y encourage le développement de la marine militaire et marchande. Le pays entier suit d'un œil empressé les progrès réalisés, s'inquiète de trouver de nouveaux débouchés, organise des campagnes en faveur de possessions coloniales, acquises ou à acquérir.
Aussi la prospérité de ces peuples suit-elle une marche ascendante. La vive impulsion reçue par toutes les branches de leur industrie fait découvrir des richesses nouvelles, en ce sens qu'elle force le génie national à user de ressources jusqu'alors négligées.
Nous lisions, il y a peu de temps, une étude sur la marine allemande. Elle se terminait par une parole patriotique de l'auteur, suppliant la France de prendre garde aux surprises de l'avenir.
L'avertissement n'est pas, croyons-nous, prématuré, car, aujourd'hui, la marine allemande, protégée par le commun accord des provinces formant l'empire germanique, s'est affranchie des liens qui la constituaient vassale du travail franco-anglais.
Désormais, un navire allemand ne doit rien de son existence qu'à l'Allemagne. Le plus mince cordage, tout comme la machine la plus compliquée, la plus délicate, sortent des ateliers tudesques.
Reste à utiliser ce déploiement d'incessante activité. On y arrivera, sans nul doute, et ce n'est pas nous qui regretterons cette prospérité nouvelle, si notre patrie a eu la prudence de ne point se laisser devancer.
Le monde offre encore assez de vastes espaces où les pavillons des nations civilisées peuvent flotter côte à côte, non-seulement sans se nuire, mais avec un profit mutuel....
En attendant ce jour, ne perdons pas un instant. La question, pour nous, ne se réduit point à une perte ou à un gain plus ou moins sensible: c'est, vraiment, notre existence industrielle et commerciale qui se trouve en jeu.