Louis XI réunit définitivement au domaine royal le duché de Normandie et s'occupa beaucoup de Rouen, dont le génie commercial lui plaisait.
Avec le fameux cardinal Georges d'Amboise, son archevêque, la ville prit une importance nouvelle, car le ministre de Louis XII obtint la création, en Cour perpétuelle, de la juridiction dite Échiquier de Normandie, chargée, primitivement, de l'administration des revenus de la couronne et de la connaissance des cas litigieux relatifs aux impôts. Le nouveau Parlement conquit très vite une belle place dans la magistrature du royaume. Par malheur, il ne sut pas toujours user de modération suivant les cas soumis à son autorité. Des arrêts cruels amenèrent une réaction aussi peu mesurée. En 1562, les calvinistes révoltés furent, pendant un moment, maîtres de la ville. Le duc de Guise reprit Rouen et, pour récompenser ses troupes, leur accorda huit jours entiers de pillage!!!
On peut dire que plus de trois quarts de siècle s'écoulèrent dans ces affreuses luttes civiles, car, depuis l'avènement de François Ier jusqu'à l'Édit de Nantes, une année entière ne se termina guère sans avoir ensanglanté la ville où, entre autres, le massacre de la Saint-Barthélemy eut une effroyable répétition.
La Ligue y trouva également un retentissement enthousiaste, cause d'un siège dirigé par Henri IV lui-même. Les Rouennais le subirent avec bravoure et le roi dut se retirer. Deux ans plus tard, néanmoins, Henri faisait son entrée solennelle, obtenue, cette fois, par la puissance de l'or: l'amiral de Villars ayant livré, pour une somme de cent vingt mille écus et le titre de maréchal, la place qu'il s'était chargé de garder aux Guises.
Du reste, l'heure avait sonné où l'intrépide «Béarnais» se voyait enfin reconnu par la France entière.
Rouen profita de la paix relative établie dans le royaume pour réparer ses pertes et relever son commerce, son industrie, ce à quoi une réussite complète répondit. Tout à coup, cette prospérité renaissante fut foudroyée. La révocation de l'Édit de Nantes, en lui enlevant brusquement un quart de sa population, fit fermer la presque totalité des magasins et des usines. La misère s'abattait déjà sur la ville, quand un trait de génie sauva son avenir.
Un négociant rouennais venait de songer à la possibilité de tirer parti du coton. L'élan était donné, les rouenneries allaient pénétrer dans le monde entier et exiger la création d'un immense matériel, source d'un prodigieux mouvement commercial. Ces premières années du dix-huitième siècle sont aussi l'époque florissante des manufactures de poteries recherchées, de nos jours, avec tant d'empressement et imitées avec tant d'application.
Une longue période de calme suivit, calme si profond qu'à peine le voit-on troublé par les discordes éclatant entre la Cour, les archevêques et le Parlement. La grande secousse de la fin du dix-huitième siècle ne causa même pas à Rouen, si proche de Paris, cependant, la commotion dont souffrirent les principales villes françaises. Il faut, en réalité, arriver à l'invasion de 1870 pour retrouver Rouen aux prises avec une situation rendue plus cruelle....
Mais, nous ne reviendrons pas sur les traits caractéristiques dont chacun de ces jours néfastes est marqué. Nul ne les a oubliés. Cela même serait-il possible!!!
L'heure viendra, nous le croyons fermement, où tout reparaîtra au grand jour de l'histoire, avec la date bénie de la délivrance complète.... Puisse-t-elle ne pas trop tarder!