Le temps n'a jamais été oublié des Rouennais où leur Ghilde puissante fondait solidement un empire presque universel. Cet empire pacifique, bien des crises, beaucoup de circonstances terribles l'ébranlèrent, sans pouvoir le détruire complètement. Aujourd'hui, la belle ville se retrouve plus jeune, plus forte, plus active, plus industrieuse, plus déterminée à la lutte que ne le souhaiteraient nos voisins, si désireux d'anéantir le commerce français.

Toutes les branches d'industrie lui sont également familières. On sait à quel degré de perfection atteignent ses manufactures de cotonnade, de toiles blanches ou imprimées, de bonneteries, de couvertures. Les blanchisseries de tissus de lin ou de coton, de ses faubourgs et des environs, n'ont pas de rivales.

La teinture des étoffes de soie ou de laine et le cylindrage de ces mêmes étoffes occupent un grand nombre d'ouvriers.

En outre du coton, devenu en quelque sorte le monopole de Rouen, le commerce des laines y a pris une vaste extension, ainsi que celui des huiles, des graines oléagineuses et des savons.

Des forges, des fonderies, des papeteries, des faïenceries, des confiseries renommées, ajoutent à ce mouvement dont la seule énumération serait longue, si rien de ce qui la constitue n'était omis.

Rouen.—Quai du Havre.

La régularisation du chenal maritime a développé cette continuelle progression. Actuellement, des navires calant plus de six mètres et jaugeant près de trois mille tonneaux peuvent aborder aux quais rouennais en une seule marée. Le premier effet d'un tel avantage a été de constituer la ville en une sorte d'entrepôt du commerce d'exportation entre le Havre et Paris. Le tableau des douanes est la preuve la plus éloquente de la prospérité nouvelle.

Il ne faut pas perdre de vue que la marée se fait sentir jusqu'au delà de Pont-de-l'Arche (Eure), à près de vingt kilomètres en amont de Rouen. Le flux parcourt donc une distance totale d'environ cent soixante-dix kilomètres.