Le pittoresque du coup d'œil y a perdu. Les maisons noires, luisantes, pourvues de ponceaux et cachés à demi derrière des étendoirs ou des perches soutenant des étoffes, des écheveaux de coton, de laine, aux couleurs multiples, ont elles-mêmes disparu; ces masures offraient mille sujets d'étude à un peintre, seulement elles gardaient tous les miasmes avivés par les ruisseaux qui souillaient ces dispositions trop primitives.

Nul ne se plaindra de la transformation, car on ne saurait regretter que les choses vraiment belles, trop souvent sacrifiées; en revanche, toute construction malsaine doit être proscrite, si elle n'est au moins améliorable.


Les promenades sont nombreuses à Rouen. L'une des plus attrayantes est le parcours des quais; vient ensuite celle des beaux jardins publics. Les faubourgs ne forment pas la partie la moins charmante d'une excursion dans la riche ville.

Sans aller jusqu'à La Bouille, si renommée chez les Rouennais, que nombre d'entre eux appliqueraient à ce coteau le fameux dicton: «Voir Naples (lire La Bouille) et mourir!» on peut se procurer facilement un spectacle, à notre avis, de beaucoup préférable.

Il suffit de gravir la colline de Bon-Secours, l'un des points culminants de la Seine-Inférieure, au sommet duquel est bâtie l'église d'un pèlerinage célèbre. Cette jolie construction gothique voit chaque jour accourir une foule de fidèles.

Hélas! cette pieuse affluence a causé une catastrophe imprévue. On a cherché à rendre l'église digne de sa réputation et tout l'intérieur en a été peint et doré, si bien peint, si bien doré, qu'il est presque dangereux de fixer les yeux sur cette affreuse... sur cette riche décoration, voulons-nous dire.

Heureusement, un panorama, comme il est peu donné d'en rencontrer, nous fera vite oublier cette déconvenue; on en aperçoit déjà une grande partie du bas du cimetière établi devant l'église sur la pente de la colline, mais, pour l'embrasser dans toute sa pompe, il faut suivre la route neuve, appelée «d'en haut», qui contourne les sommets et mène au point le plus favorable pour n'en perdre aucun détail.

La ville en entier se déploie, parée des précieux édifices dont les tours lui composent une royale couronne. Le fleuve, comme heureux de la baigner, se replie, s'endort ou coule, rapide, pour revenir sur lui-même avant de s'enfuir vers la mer, qui bientôt mêlera ses flots glauques aux vagues bleuâtres du captif.

De tous côtés, une ligne ondoyante reçoit l'impulsion de la brise apportée par le flux. Arbres exotiques des jardins, arbustes, arbres des champs et des bois verdoyant sur les collines, marient leurs exhalaisons salutaires.