[CHAPITRE XXVIII]

QUELQUES GLOIRES ROUENNAISES

Il pourrait suffire au juste orgueil de Rouen de nommer Pierre Corneille.

Le fier génie qui sut prêter à ses héros les sentiments et les accents de demi-dieux reçut, en 1834, un hommage solennel des habitants de sa ville natale.

Une statue en bronze a été élevée sur le terre-plein du Pont-de-Pierre, au milieu d'une fraîche pelouse ombragée et fleurie. La place est bien choisie. Corneille, debout, s'abandonne à l'inspiration de son puissant cerveau, et son regard peut se reposer sur les premiers plans du beau paysage qu'il aima, de la tranquille contrée où il venait jouir d'une heure de repos si chèrement gagné!

Trop oublié, l'auteur de Stilicon et d'Ariane, Thomas Corneille, eût mérité, ne fût-ce que pour son affection dévouée, un médaillon sur le piédestal de la statue de son glorieux frère.

Autour du géant dramatique se groupe un faisceau de noms célèbres. Et, tout d'abord, convient-il, peut-être, de rappeler celui que l'on désigna comme l'homme le plus universel de son siècle, Bernard le Bovier de Fontenelle (1657-1757), neveu, par sa mère, des deux Corneille. Si l'on n'accepte pas toutes les idées des Dialogues des Morts, du Traité du Bonheur, de la Pluralité des Mondes et de tant d'autres écrits subtils, il serait impossible de refuser à leur auteur l'esprit le plus vif, le plus rare, le plus charmant. Cet esprit, Fontenelle eut la fortune inouïe de le conserver jusqu'au dernier jour de son existence séculaire. Ce n'est pas le moindre fleuron de sa renommée.

Marc-Antoine Gérard de Saint-Amant (1594-1661), l'un des premiers membres de l'Académie française, ne méritait pas de se voir accablé comme il le fut par Boileau. Dans plus d'une de ses odes et dans nombre de passages de son Moïse sauvé, on retrouve la marque d'un vrai poète. Hélas! pour quelque cause, le «Régent du Parnasse» fut d'un avis contraire et le pauvre Saint-Amant, non seulement ne bénéficia pas de l'oubli, mais fut contraint à partager le ridicule attaché par l'impitoyable critique à:

Pradon (1632-1698). Ce dernier, rêvant de placer sa Phèdre et ses drames médiocres au-dessus des œuvres de Racine, justifia pour la cent millième fois la terrible prédiction: «Tel brille au second rang....»

Mais les lettres rouennaises se relèvent avec Jacques Basnage de Beauval (1653-1723), un vrai savant, un véritable écrivain, dont le grand titre d'honneur est d'avoir contribué à faire conclure, en 1717, un traité d'alliance entre la France et la Hollande.