Puis, sur la place désormais consacrée, nous voudrions voir, sculptés dans le granit, un échafaud et un bûcher.

Le premier porterait l'effigie d'Alain Blanchard, la victime de Henri V d'Angleterre (lors du siège de 1419), disant aux soldats qui le traînaient à la mort:

«Je n'ai pas de biens pour racheter ma vie comme les autres; mais, quand j'aurais de quoi payer ma rançon, je ne voudrais pas racheter le roi anglais de son déshonneur!»

Sur le bûcher, et serrant contre son cœur l'informe croix de bois liée à la hâte par un soldat anglais, Jeanne d'Arc, personnifiant le dévouement à la Patrie, rappellerait aux cœurs faibles que le droit, la vaillance peuvent succomber pour un temps, mais que l'heure de la justice sonne toujours, que nul crime ne reste impuni.

Le supplice de Jeanne, un Anglais, Bedford, l'ordonna pour venger son pays, humilié de succomber sous la main d'une femme!

Et il ne voyait pas que lui-même jetait une poignée de boue au front de l'Angleterre.... une boue sanglante impossible à laver!!

La parole prophétique d'Alain Blanchard se réalisait.

Chaque fois qu'un vainqueur a déshonoré son triomphe, l'histoire, implacable, enregistre l'action honteuse et bientôt vient l'expiation.