Les ducs normands eurent le mérite de comprendre l'avantage offert par une semblable position, voisine de la mer et pouvant faire rayonner facilement ses relations sur une grande étendue de territoire.
Le fils de Robert le Magnifique, ou le Diable, Guillaume, futur souverain de l'Angleterre, alliait aux mérites du capitaine le génie d'un chef d'État. Il aima et protégea Caen, lui donnant, en toute occasion, des marques de sa munificence: témoin, la fondation des monastères dits: Abbaye-aux-Hommes et Abbaye aux-Dames. Ces deux splendides joyaux furent construits par obéissance envers le pape Nicolas II qui, moyennant une telle soumission, levait la censure ecclésiastique frappant le mariage de Guillaume avec sa cousine Mathilde de Flandre.
Ainsi qu'il arrive toujours, le duc s'attacha à son œuvre et la dota de façon royale, lui léguant, entre autres choses, sa couronne et son sceptre. L'Abbaye-aux-Hommes (Saint-Étienne) devint le lieu de sa sépulture, et l'Abbaye-aux-Dames (Sainte-Trinité) fut celle de la reine-duchesse, Mathilde.
En même temps, Caen se fortifiait. On l'entourait de remparts et on lui donnait la protection d'un château.
Les successeurs de Guillaume imitèrent son exemple. L'un d'eux, pour améliorer le port, y fit dériver l'Orne, dont le cours était un peu différent de ce qu'il est aujourd'hui.
La prospérité de la ville croissait rapidement.
Jean sans Terre chercha à s'en faire une alliée et lui octroya une charte communale; mais le monarque n'était pas plus aimé des bourgeois de Caen que de ses vassaux anglais, et Philippe Auguste, son heureux rival, trouva la ville fort bien disposée pour une annexion à la France.
Cette fidélité ne se démentit pas, lorsque, après une période de plus d'un siècle, pendant laquelle Caen avait continué à étendre son influence, la puissante armée d'Édouard III, d'Angleterre, toute enflée des victoires remportées sur Philippe de Valois, vint mettre le siège devant ses murs.
On ne saurait croire, si les annales les plus authentiques n'étaient là pour l'affirmer, combien fut effréné le pillage qui punit les bourgeois de leur résistance héroïque.
Une centaine de navires emportèrent le butin!... Grand nombre d'habitants et de chevaliers furent emmenés prisonniers....