Les gens du pays s'inquiètent peu de ces vieux souvenirs. Ils ne semblent pas davantage se rappeler que la prospérité de leurs rivages date à peine de trente ans. Cela est vrai, pourtant.

Les nombreuses stations de bains que nous venons de parcourir, la superbe ligne de côtes qui, sur une longueur de cent vingt kilomètres, va de Honfleur à l'embouchure de la Vire, n'étaient ni visitées ni appréciées comme elles le sont de nos jours. C'est, maintenant, une source de richesse, chaque année plus abondante, pour le département du Calvados.


Il nous reste à parcourir Isigny, la petite ville que son beurre a rendue célèbre.

Elle est située au fond d'un golfe de huit kilomètres, à l'embouchure de la Vire et de l'Aure inférieure; cette dernière rivière la traverse. Son port possède deux phares, et l'on se rendra compte de son commerce quand on saura qu'il se chiffre chaque année, pour le beurre seulement, par une somme de deux millions au moins. Ajoutons-y le produit de ses cidres, de ses poteries, de ses volailles, de ses bois, de son bétail, de ses grains, de ses colzas....

Nous n'en finirions pas d'énumérer toutes les branches d'industrie de cette belle vallée d'Aure, digne rivale, par sa fécondité, de la plantureuse vallée d'Auge, à laquelle, déjà, nous l'avons comparée.

La mairie d'Isigny a été établie dans un vaste château, bâti vers le milieu du dix-huitième siècle. Elle a vraiment très bon air, avec sa grande cour ouvrant, à la fois, sur le port et sur la principale rue de la ville.

L'église, également, mérite une visite spéciale pour les belles sculptures des chapiteaux de ses colonnes.

Une curiosité, ou plutôt un chef-d'œuvre de ténacité et de travail patient, avoisine Isigny. C'est le pont du Vey[46] construit sur la Vire. Il se complète par des portes de flot qui, maintes fois, furent au moment d'être abandonnées; car la baie dite: des Veys reste fort envasée et les vagues du large viennent y battre avec violence.