Enfin, la longue période d'attente se termina. Le plan de Vauban fut repris.
L'illustre maréchal l'avait, lui-même, qualifié «d'audacieux». Deux hommes se chargèrent de le réaliser: Dumouriez, que l'on ne s'attendait pas à trouver en telle affaire, et le capitaine de vaisseau La Bretonnière. Ce dernier se livra à une longue étude de la côte tout entière. Aucune difficulté ne le rebuta et, grâce à lui, la rade de la Hougue fut négligée.
Pourtant, à Cherbourg, on devait compter avec un ennemi infatigable: la mer. Il s'agissait de former de toutes pièces une rade, ainsi qu'un port, sur une côte encombrée de récifs et battue avec violence par les vagues.
C'eût été, peut-être, le cas de se souvenir, selon la belle expression de M. Chèvremont: «que tout travail public ou privé, entrepris sur les côtes occidentales de la France, doit être fait non en vue des besoins de quelques générations, mais en vue des siècles futurs.»
Nous n'avons ni la compétence ni l'autorité nécessaires pour trancher une semblable question, mais il nous sera permis de dire que, très vraisemblablement, la position territoriale de Cherbourg influa plus que n'importe quelle autre raison en sa faveur.
Des travaux cyclopéens commencèrent.
Avant tout, il fallait songer à fermer, contre le flot venant du large, l'emplacement du futur port. Un ingénieur, M. de Cessart, crut avoir trouvé le meilleur moyen d'arriver vite et sûrement à la solution du problème.
On fabrique, de nos jours, d'immenses blocs de béton que l'on coule à l'aide de très simples appareils. Ces blocs, formés par la réunion de ciments à prise instantanée et à prise lente, durcissant au contact de l'eau, ne tardent pas à faire, en quelque sorte, partie inhérente du sol sur lequel ils reposent. Leur résistance, loin de diminuer avec le temps, va toujours croissant. C'est encore le rempart le plus efficace à opposer aux efforts de la mer.