Pourquoi ne partiraient-ils pas à leur tour? Ils ont l'audace et la force, en la personne de Guillaume Bras-de-fer, de Drogon, d'Onfroi, de Geofroy, de Mauger, d'un autre Guillaume, d'Alverède, de Humbert et de Tancrède. Ils ont l'habileté et la finesse en la personne de Robert que ses talents ont fait surnommer Guiscard ou l'Avisé: ils ont la prudence et la fermeté en Roger, le plus jeune de la famille.

Oui, il faut partir, après avoir, toutefois, assuré le sort du nom du père dans la patrie commune. Serlon, un des fils ainés, restera au manoir.

Loin de s'opposer à ces projets, le vieux Tancrède les fortifiait. Pressentait-il la gloire future de sa maison?


La fortune, une fortune inouïe couronne les entreprises des frères alliés. Guillaume Bras-de-fer, parti, d'abord, avec Drogon et Humfroi, se signale par la conquête de la Calabre et de la Pouille; mais il était réservé à Robert de fonder sûrement la principauté nouvelle. D'une bravoure indomptable, ce dernier décide du sort de plusieurs batailles et sa prudence sait en assurer les fruits.

Comte de Pouille, puis duc de Calabre, il traite avec les papes, maintient ses droits et repousse successivement l'empereur d'Allemagne et l'empereur grec, qui sont obligés de le reconnaître comme légitime souverain.


La vie de Roger, le dernier des fils de Tancrède de Hauteville, est plus accidentée encore. Après avoir servi fidèlement Robert pendant la soumission de la Calabre, il entreprend d'enlever la Sicile aux Sarrasins.

Vingt-huit ans de luttes acharnées, traversées par des revers terribles, n'abattent pas sa volonté. L'île devient sienne et le titre de Grand Comte lui est décerné, non point seulement par lui-même, mais par l'histoire.