Après une telle promenade, l'intérieur de la cité, divisée en ville haute, close de murailles, et en ville basse, blottie autour du port, semble triste.

Les vieilles maisons, en granit noirci par l'air et le vent chargés d'exhalaisons marines, présentent leurs façades sombres, comme rébarbatives.

Mais, à travers les rues tortueuses et rocailleuses, circule une aimable population. Les femmes, surtout, se distinguent par leur beauté au type méridional. Quelques savants, M. de Quatrefages, en tête, les regardent comme filles d'une colonie basque, établie à Granville au moyen âge.

M. Baude, d'accord en cela avec les traditions, les fait descendre de Siciliennes, devenues compagnes des soldats des sires de Hauteville.

N'importe leur origine, elles contribuent à donner un cachet à part aux promenades dans Granville qui, sans cette division, sembleraient singulièrement fatigantes.


Les îles Chausey gisent en face du port, à environ douze kilomètres. Elles ne donnent que du granit, très beau à la vérité, et de prodigieuses quantités de lapins. C'est à se demander comment la gent rongeuse peut pulluler ainsi au milieu d'entassements énormes de rochers nus, arides... la mer, sans doute, pourvoit à la difficulté.


En continuant à suivre le rivage, on trouve un petit cours d'eau: la Sée, qui, en compagnie de la Sélune, vient former un golfe minuscule dans le grand golfe renfermé entre la pointe de Cancale et celle de Granville.

La Sée serpente à travers des marais et des grèves constamment fouillées par les infiltrations d'eaux douces et salées. Les plages mouvantes commencent; il devient nécessaire de ne point courir la côte sans guide exercé.