Les marées, sur cette nappe friable, atteignent une amplitude démesurée. On y a constaté, dit M. Elisée Reclus, «une élévation verticale de 15 mètres. Cette hauteur du flot n'est dépassée, dans le monde entier, que par celle des courants de marée qui pénètrent dans la baie de la Severn, en Angleterre, et dans la baie de Fundy (Amérique) entre la Nouvelle-Écosse et le Nouveau-Brunswick.»
Cette élévation est due aux obstacles rencontrés par les vagues qui, successivement, depuis la pointe de la Hague jusqu'à la côte bretonne, se déchirent contre les pointes granitiques du rivage du Cotentin, des récifs de l'archipel anglais et, trouvant enfin un libre passage, s'y engouffrent avec furie.
Le Mont Saint-Michel en 1693.
Souvent, on a comparé le mugissement de la marée montante au bruit des chariots d'une nombreuse artillerie défilant au galop. C'est moins et plus que cela, le bruit ne ressemble à aucun autre: Voix troublante, elle emplit l'espace, éveillant un écho, là même où nul écho ne semblait pouvoir retentir!...
Ici, mieux encore que sur le littoral déjà parcouru, on comprend la portée des patientes observations tendant à prouver l'envahissement continu de la mer.
Certes, nous sommes loin de ceux qui, sans grand effort, acceptent les croyances populaires; mais nous nous rangeons parmi ceux qui cherchent le grain de vérité enfoui sous les exagérations de l'ignorance.
Rien de facile comme d'appeler fabuleuses les traditions qui gardent le souvenir de villes nombreuses disparues; rien de plus ardu que d'en démontrer la fausseté.... Et voici des faits tout récents, venant prouver à quel point l'histoire de demain peut être la fidèle copie des légendes d'autrefois...