Malgré ces difficultés ou, plutôt, ces obstacles, en apparence insurmontables, un petit bourg a couvert les flancs du rocher et, depuis le tiers environ de sa hauteur jusqu'au sommet, de magnifiques constructions se sont dressées, nobles, imposantes, bravant l'action du temps et des éléments[71].
[71] L'élévation totale du roc et de l'abbaye est de 122 mètres.
L'origine de l'abbaye remonte à l'année 709. Saint Aubert, évêque d'Avranches, en fut le fondateur.
Dom Jean Huynes, religieux du Mont, écrit, dans son Histoire générale du monastère, que saint Aubert, ayant reçu, en songe, de l'archange saint Michel, l'ordre de bâtir une chapelle sur le Mont de Tombe[72], il obéit et fit construire:
«Non point superbement ou avec beaucoup d'artifice, mais simplement en forme de grotte, capable de contenir cent personnes, désirant qu'elle fût semblable à celle que le glorieux saint Michel avait lui-même creusée dans le roc du mont Gargan[73], et nous voulant montrer, par là, que ce n'est point tant aux temples extérieurs que Dieu requiert de la somptuosité et magnificence comme en nos cœurs...»
[72] Ce mot, disent de savants auteurs, viendrait de Tumba ou plutôt de Tumulus, signifiant lieu élevé... Le rocher voisin du Mont Saint-Michel a conservé ce nom, il s'appelle encore: Tombelaine.
[73] Mont situé dans la Pouille (royaume de Naples), célèbre par la même tradition d'une apparition de l'archange saint Michel.
Douze clercs ou chanoines furent établis dans un couvent fondé en même temps que la chapelle.
La renommée ne tarda guère à s'emparer et du récit du songe mystérieux et de l'accomplissement des ordres reçus par le saint évêque.