Enfants, n'ont-ils pas commencé leur rude apprentissage avec les coquetiers et coquetières, pauvres gens tout occupés à ramasser, dans le sable, le succulent petit mollusque bonnement appelé: coque. La coque ou un autre coquillage plus grand, assez abondant aux environs du Mont, a eu l'honneur de figurer sur le blason de l'abbaye, sur le collier de l'Ordre royal de Saint-Michel.

Sa réputation était grande, puisque les pèlerins de tous pays se croyaient obligés d'en orner leurs vêtements, et que la célèbre image de Saint-Jacques de Compostelle en porte sur son camail. Ce fait prouverait la rapidité de diffusion du culte de Saint-Michel-au-péril-de-la-Mer.

Il n'y a donc rien à craindre en se confiant aux pêcheurs montois. Leur premier travail les a familiarisés avec tous les dangers de la baie.


On a écrit, et cela est strictement vrai, que, vu de la mer, l'aspect de l'abbaye change à chaque coup d'aviron.

Les constructions se présentent faisant corps avec le roc, se recourbant autour de lui, le domptant ou empruntant de ses déchirures, de son escarpement, une magnificence nouvelle.


Les sables grisâtres ont disparu, car le Mont est éloigné de deux kilomètres du rivage. Il domine tout.

L'îlot voisin, Tombelaine, ancien château fort, ancien pèlerinage de Notre-Dame-la-Gisante, maintenant désert, semble prêt à s'abîmer dans les flots, écrasé par la puissance de son rival.

On comprend que les traditions affirment l'existence, sur le Mont, d'un temple dédié à Jupiter.