Là, il prit la robe et les bijoux éclatants, revint, les mit sous les yeux du héros et lui dit: «Regarde!»

À peine le Raghouide eut-il reconnu dans ces objets le vêtement et les joyaux de Sîtâ que ses yeux se remplirent de larmes: «Hélas! s'écria-t-il; hélas, bien-aimée Djanakide!» et, toute sa fermeté l'abandonnant, il tomba sur la terre. Plusieurs fois, avec désespoir, il porta ces parures à son cœur; plusieurs fois il poussa de longs soupirs, comme les sifflements d'un reptile en colère.

«Sougrîva, dis-moi! Vers quels lieux as-tu vu se diriger le féroce Démon, ravisseur de ma bien-aimée, non moins chère que ma vie? Où habite ce Rakshasa, qui m'a frappé d'une si grande infortune, lui, pour l'offense duquel j'exterminerai tous les Rakshasas?»

Le roi des singes alors serra le Raghouide avec amour dans ses bras, et, vivement affligé, ses mains jointes, il tint ce langage à l'époux de Sîtâ, qui fondait en larmes:

«Je ne connais pas du tout ni l'habitation de ce méchant, ni la puissance, ni la bravoure, ni la race de ce vil Démon. Secoue néanmoins ton chagrin, dompteur invincible des ennemis; car je te promets que j'emploierai mes efforts à te rendre la noble Djanakide.

«Loin de toi ce trouble d'esprit, où je te vois tombé! souviens-toi de cette fermeté, qui est la vertu des natures énergiques. Certes, une telle légèreté d'âme ne sied pas à tes pareils. Moi aussi, j'ai senti cette grande infortune que fait naître dans un cœur le rapt d'une épouse; mais je ne me désole pas, comme tu fais, et je n'abandonne pas ma fermeté.

«Médite cette maxime dans ta pensée: «Un esprit ferme ne souffre pas que rien abatte sa constance; mais l'homme qui laisse toujours le souffle du trouble agiter son âme est un insensé. Il est malgré lui submergé dans le chagrin, comme un vaisseau battu par le vent.»

«Le chagrin tue la force: ne veuille donc plus t'abandonner à cette douleur! Je ne prétends point ici, Râma, t'enseigner ce qui est bon, car c'est un don que tu as reçu de ta nature. Mais écoute mes paroles, venues d'un cœur ami et cesse de gémir.»

Ainsi consolé doucement par Sougrîva, l'auguste Kakoutsthide essuya son visage baigné de larmes avec l'extrémité de son vêtement; et, replacé dans sa nature même par ces bonnes paroles, il embrassa le roi des singes et lui tint ce discours: «Toute chose digne et convenable que doit faire un ami tendre et bon, tu l'as faite, Sougrîva. Un ami tel que toi est un trésor bien rare surtout dans ce temps-ci. Il te faut employer tes efforts à la recherche de ma chère Mithilienne et du cruel Démon à l'âme méchante qui a nom Râvana. Trace-moi en toute confiance quelle marche je dois suivre; et que mon bonheur naisse de toi comme les moissons naissent d'une heureuse pluie dans une terre féconde.»

Joyeux de son langage, Sougrîva le quadrumane lui répondit comme il suit en présence de Lakshmana: «Les Dieux veulent sans doute verser de toute manière les faveurs sur moi, puisqu'ils m'ont amené dans ta grandeur un ami digne et plein de vertus. Certes! aujourd'hui que ta grandeur est mon alliée, je pourrais, secondé par ton héroïsme, conquérir même l'empire des Dieux: à plus forte raison puis-je, ami, reconquérir avec toi mon royaume! De mes parents et de mes amis, c'est moi que la fortune a le mieux partagé, héros à la grande force, puisqu'elle a joint nos mains dans une alliance où nous avons pris le feu à témoin.»