Alors Kâauçalyâ décrivit un pradakshina autour du cheval consacré, le vénéra avec la piété due, et lui prodigua les ornements, les parfums, les guirlandes de fleurs. Puis, accompagnée de l'adhwaryou, la chaste épouse toucha la victime et passa toute une nuit avec elle pour obtenir ce fils, objet de ses désirs.
Ensuite, le ritouidje, ayant égorgé la victime et tiré la moelle des os, suivant les règles saintes, la répandit sur le feu, invitant chacun des Immortels au sacrifice avec la formule accoutumée des prières. Alors, engagé par son désir immense d'obtenir une lignée, Daçaratha, uni dans cet acte à sa fidèle épouse, le roi Daçaratha vint avec elle respirer la fumée de cette moelle, que le brasier consumait sur l'autel. Enfin, les sacrificateurs de couper les membres du cheval en morceaux, et d'offrir sur le feu à tous les habitants des cieux la part que le rituel assignait à chacun d'eux.
Voici que tout à coup, sortant du feu sacré, apparut devant les yeux un grand être, d'une splendeur admirable, et tout pareil au brasier allumé. Le teint bruni, une peau noire était son vêtement; sa barbe était verte, et ses cheveux rattachés en djatâ[2]; les angles de ses yeux obliques avaient la rougeur du lotus: on eût dit que sa voix était le son du tambour ou le bruit d'un nuage orageux. Doué de tous les signes heureux, orné de parures célestes, haut comme la cime d'une montagne, il avait les yeux et la poitrine du lion.
Note 2: Cheveux relevés en gerbe et noués sur le sommet de la tête, mode accoutumée des ascètes.
Il tenait dans ses bras, comme on étreint une épouse chérie, un vase fermé, qui semblait une chose merveilleuse, entièrement d'or, et tout rempli d'une liqueur céleste.
«Brahme, dit le spectre, qui s'était manifesté d'une manière si étonnante, sache que je suis un être émané du souverain maître des créatures pour venir en ces lieux mêmes.—Reçois ce vase donné par moi et remets-le au roi Daçaratha: c'est pour lui que je dépose en tes mains ce divin breuvage. Qu'il donne à savourer ce philtre générateur à ses épouses fidèles!»
Le plus excellent des brahmes lui répondit en ces termes: «Donne toi-même au roi ce vase merveilleux.»
La resplendissante émanation du souverain maître des créatures dit au fils d'Ikshwâkou avec une voix de la plus haute perfection: «Grand roi, j'ai du plaisir à te donner cette liqueur toute composée avec des sucs immortels: reçois donc ce vase, ô toi qui es la joie de la maison d'Ikshwâkou!» Alors, inclinant sa tête, le monarque reçut la précieuse amphore, et dit: «Seigneur, que dois-je en faire?»—«Roi, je te donne en ce vase, répondit au monarque l'être émané du créateur même, je te donne en lui ce bonheur qui est le cher objet de ton pieux sacrifice. Prends donc, ô le plus éminent des hommes, et donne à tes chastes épouses ce breuvage, que les Dieux eux-mêmes ont composé. Qu'elles savourent ce nectar, auguste monarque: il fait naître de la santé, des richesses, des enfants aux femmes qui boivent sa liqueur efficace.»
Ensuite, quand elle eût donné au monarque le breuvage incomparable, cette apparition merveilleuse de s'évanouir aussitôt dans les airs; et Daçaratha, se voyant maître enfin du nectar saint distillé par les Dieux, fut ravi d'une joie suprême, comme un pauvre aux mains de qui tomberait soudain la richesse. Il entra dans son gynœcée, et dit à Kâauçalyâ: «Reine, savoure cette boisson génératrice, dont l'efficacité doit opérer son bien en toi-même.»
Ayant ainsi parlé, son époux, qui avait partagé lui-même cette ambroisie en quatre portions égales, en servit deux parts à Kâauçalyâ, et donna à Kêkéyî une moitié de la moitié restante. Puis, ayant coupé en deux sa quatrième portion, le monarque en fit boire une moitié à Soumitrâ: ensuite il réfléchit, et donna encore à Soumitrâ ce qui restait du nectar composé par les Dieux.