Alors ce Démon tué, tous les singes et Vibhîshana avec eux poussent des cris simultanés de joie: tels acclamèrent les Dieux à la mort de Vritra. Dans ce moment éclate au sein des airs un battement de mains, applaudissement des Bhoûtas, des magnanimes Rishis, des Gandharvas et des Apsaras elles-mêmes.
À peine eut-elle appris sa mort, la grande armée des Rakshasas, maltraitée par les singes victorieux, se dispersa dans tous les points de l'espace. Après qu'ils ont envoyé une volée de traits, les Rakshasas tournent la face vers Lankâ, et, battus par les simiens, ils fuient, poussant des cris et la tête perdue. Malmenés par les singes, les uns entrent dans Lankâ tout tremblants, ceux-là se jettent dans la mer, ceux-ci gravissent les montagnes.
Aussitôt que le fils du monarque des Rakshasas fut tombé, le souffle impétueux du vent se calma; le monde perdit son inquiétude et prit un aspect souriant. Aussitôt que ce Démon aux œuvres méchantes eut succombé, l'auguste Indra se réjouit avec tous les principaux Dieux; les cieux et les eaux deviennent purs; les Dânavas et les Dieux se félicitent. Une fois mort cet impie, qui portait l'épouvante dans tous les mondes, les Gandharvas, les Dieux et les Dânavas marchent de compagnie et proclament joyeux: «Que les Brahmes désormais se promènent sans inquiétudes, leur ennemi n'est plus!»
De leur côté, les chefs des troupeaux quadrumanes, ayant vu frapper de mort dans le combat ce prince des Rakshasas, doué d'une irrésistible vigueur, poussent à l'envi des cris de joie. Se balançant, jetant des cris, se glorifiant, tous les singes s'étaient approchés et formaient un cercle autour du rejeton vaillant de Raghou, qui avait si bien touché le but. Remuant leurs queues, battant des mains, ils criaient à l'envi ces mots: «Victoire à Lakshmana!» L'âme remplie de joie et s'embrassant les uns les autres, ils échangeaient entre eux différentes histoires concernant ce noble frère de l'aîné des Raghouides.
Les membres arrosés de sang, le guerrier puissant avait eu le corps sillonné de blessures dans ce combat par le terrible Rakshasa. Le vigoureux Lakshmana à la vive splendeur s'en revint, l'âme dans la joie, appuyé sur Vibhîshana et sur le singe Hanoûmat au lieu où l'attendaient Râma et Sougrîva.
«Qu'est-il arrivé?» dit Râma, interrogeant Lakshmana, son frère. Alors, comme s'il en avait perdu le souvenir, ce héros ne raconta point lui-même la mort d'Indradjit au magnanime Raghouide. «Mais la tête du Râvanide fut coupée, dit Vibhîshana, par l'intrépide Lakshmana!» Et, joyeux, le noble transfuge exposa toute l'affaire. À cette nouvelle que son héroïque frère avait terrassé Indradjit, le Raghouide à la grande vigueur en conçut une joie sans égale.
Puis, voyant avec douleur que des flèches avaient blessé cruellement son frère, le Raghouide alors fut près de s'évanouir, partagé qu'il était entre la joie et le chagrin. Il baisa sur la tête ce héros, donné pour l'accroissement de sa fortune et fit asseoir Lakshmana malgré lui et rougissant au milieu de sa cuisse. Après qu'il eut posé dans son sein le Soumitride avec amour, le Raghouide l'embrassa: il tourna mainte et mainte fois ses regards vers ce frère bien-aimé, le baisa au front une seconde fois, toucha doucement ses blessures et dit:
«Cet exploit difficile, que tu viens d'accomplir, est heureux au plus haut degré. Tu as coupé dans ce combat, ô bonheur! le bras droit lui-même de ce criminel Râvana! En effet, héros, cet Indradjit était son dernier asile! Sur la nouvelle que son fils a mordu la poussière, Râvana, de qui tu as tué ce fidèle ami, sortira donc aujourd'hui avec une nombreuse foule de troupes!»
Ensuite, ayant ranimé son frère et l'ayant serré dans ses bras étroitement, Râma, s'adressant à Soushéna, debout à son côté, lui parla en ces termes: «Tu vois percé de flèches ce fils de Soumitrâ, la joie de ses amis: veuille donc bien procurer, singe à la grande science, un remède qui le rende à la santé.»
À ces mots, Soushéna, le roi des singes, mit sous les narines de Lakshmana le simple fortuné, sublime, né sur l'Himâlaya et nommé l'Extracteur-des-flèches. À peine celui-ci en eut-il respiré le parfum, que tous ses dards glissèrent du corps au même instant. Ses douleurs s'éteignirent et ses plaies furent cicatrisées.