Ensuite le monarque des simiens, Sougrîva à la grande science, réunissant les mains en coupe, dit ces mots à Râma, noyé dans sa douleur: «Ne conçois pas d'inquiétude à l'égard du Soumitride; abandonne, guerrier aux longs bras, abandonne ce chagrin et ne te laisse pas abattre. En effet, il est un médecin nommé Soushéna; qu'il vienne examiner le fils de Soumitrâ, ton frère bien-aimé...»
Celui-ci venu se mit à examiner Lakshmana de tous les côtés.
Puis, quand il eut promené son examen sur tous les membres et sur les sens intimes du malade, Soushéna tint ce langage à l'aîné des Raghouides:
«Ce Lakshmana, de qui l'existence accroît ta prospérité, n'a point quitté la vie; en effet, sa couleur n'a pas changé et son teint n'est pas devenu livide. Examinez son visage: il est clair et brillant; les paumes de ses mains ont la rougeur des lotus! Voyez reluire ses yeux!
«Que l'ordre soit donné d'apporter ici le simple du Gandhamâdana! Qu'un homme blessé voie cette plante, c'est assez pour qu'il soit guéri de ses blessures. Ainsi, que les singes prennent leur vol sans tarder et qu'ils s'en aillent rapidement la chercher!» Les paroles de Soushéna entendues, Râma tint ce langage: «Sougrîva, confie cette mission au vigoureux Hanoûmat et laisse-moi lui dire: «Va, héros à la grande science, va au mont Gandhamâdana! car je ne vois pas un autre homme aussi capable de nous apporter cette panacée.»
Il dit, à ces mots, le fils du Vent, habile dans l'art de manier le discours, Hanoûmat répondit en ces termes au noble fils de Raghou: «Si le sacrifice de ma vie pouvait rendre la vie à Lakshmana, je subirais volontiers la mort pour lui; à plus forte raison, la fatigue d'un voyage.»
À peine le plus vaillant des singes eut-il parlé ainsi, que Sougrîva lui adressa la parole en ces termes: «Élève ton vol au-dessus de la mer, et dirige-toi, héros à la grande vigueur, à la vaste science, vers le mont Gandhamâdana! Explore ces lieux où croît la plante fortunée, qui fait tomber les flèches des blessures. Là, sont deux rois Gandharvas, nommés Hâhâ et Hoûhoû. Trente millions de guerriers Gandharvas à la force immense habitent cette montagne délicieuse, couverte de lianes et d'arbres variés. Il te faudra soutenir contre eux, on ne peut en douter, un combat épouvantable. Va! que ta route soit heureuse! Fais une bonne traversée!»
Le fils du Vent les salua, ses mains en coupe, et se mit en chemin. Le héros Hanoûmat, qui voyageait par la cinquième voie[18], passa donc intrépidement au-dessus de Lankâ.
L'éther: les quatre autres sont la terre, l'eau, le feu, l'atmosphère.
Mais Râvana, car il aperçut le Mâroutide en sa course aérienne, tint alors ce langage à Kâlanémi, insurmontable Démon, le plus difficile à vaincre de tous les Rakshasas, monstre aux quatre faces, aux quatre bras, aux huit yeux, et de qui la seule vue inspirait la terreur: «Écoute ici mes paroles, noctivague éloquent! Le héros Hanoûmat, que tu vois là-haut, va au Gandhamâdana, où croît le simple fortuné qui extrait les flèches et guérit les blessures. Si tu réussis à l'arrêter, je te donne la moitié de mon royaume.»