Soudain l'arc avec son trait échappe à la main du monarque et tombe avec le souffle exhalé de sa vie. Sa splendeur éteinte, sa fougue anéantie, son âme expirée, il croula de son char sur la terre, comme Vritra sous un coup de la foudre.

Tremblants d'épouvante à la vue de leur maître tombé sur la terre, les noctivagues sans défenseur, faible reste des Rakshasas tués, s'enfuient çà et là de tous les côtés. Privés du roi, sous le bras duquel était leur asile et maltraités par les simiens triomphants, ils courent, chassés par la terreur, à Lankâ, leurs visages ruisselants de larmes pitoyables. Ensuite, les singes victorieux poussent des cris joyeux, proclamant la victoire de Râma et la mort de Râvana.

Au moment où fut tué ce Rakshasa, l'ennemi du monde, le tambour des Dieux résonna bruyamment au milieu des airs. Un immense cri s'éleva au sein même du ciel: «Victoire!» Et le vent, chargé de parfums célestes, souffla de sa plus caressante haleine. Une pluie de fleurs tomba du firmament sur la terre, et le char de Râma fut tout inondé de ces fleurs divines aux suaves odeurs.

Les mélodieuses voix des Immortels joyeux criaient au milieu des airs: «Bien! bien!» et s'associaient dans les éloges de Râma. Nârada, Toumbourou, Gârgya, Hâhâ, Hoûhoû et Soudâma, ces rois des Gandharvas, chantèrent eux-mêmes devant le Raghouide victorieux. Ménakâ, Rambhâ, Ourvaçî, Pantchatchoûdâ et Tilauttamâ, ces nobles Apsaras, dansèrent, elles cinq, devant le Kakoutsthide, joyeuses de la mort qu'il avait infligée au Démon.

Râma, que la mort de Râvana, tué de sa main, transportait de la joie la plus vive, dit alors ces paroles polies à Sougrîva, de qui les désirs étaient remplis, à son ami Angada, à Lakshmana, à Vibhîshana, enfin à tous les généraux des ours et des singes:

«Grâce à la force et au courage de vos excellences, grâce à la vigueur de vos bras, le voici mort ce Râvana, le monarque des Rakshasas, qui fit tant pleurer le monde! Aussi longtemps que le monde subsistera, les hommes s'entrediront le haut fait si prodigieux que vous avez accompli et qui ajoute beaucoup à vos gloires!»

Râma, les charmant de sa voix, répéta deux et trois fois cette pensée, et rappela aux singes et aux ours différentes choses, et justes, et convenables, qu'ils avaient faites dans la guerre.

À ces mots du Raghouide, ils répondent joyeux: «Ta splendeur seule a consumé ce criminel et ses généraux. Où trouver en nous, gens de peu de vigueur, assez de force pour accomplir dans les combats un fait immense comme ce qui fut exécuté par toi, noble Raghouide!»

Ainsi honoré par eux de tous les côtés, ce monarque de la terre éclatait en splendeur, comme Indra le fortuné, recevant les hommages des grands Dieux. Ensuite, le vent revint au calme, les dix points cardinaux se firent sereins, le ciel fut sans nuage, les Divinités se rallièrent à l'entour du grand Indra, leur chef, et le soleil même rayonna d'une lumière inaltérable.

Quand Vibhîshana vit Râvana, son frère, expiré sous les flèches de Râma, il se mit à gémir, l'âme assiégée par la violence du chagrin: «Héros courageux, célèbre dans la guerre, versé dans toute la science des astras, pourquoi ton corps sans vie est-il couché sur la terre, hélas! toi qui possèdes un lit somptueux? Tu gis, tes longs bras, ornés de sandal, étendus sans mouvement, ton diadème rejeté du front, ce diadème d'un éclat égal à celui de l'astre du jour! Le voici donc arrivé maintenant, héros, ce malheur, que j'avais prévu: car, aveuglé par la folie de l'amour, tu as dédaigné mes paroles!