D'abord, les serviteurs déposent Râvana dans un lieu pur. Ensuite, on dresse un vaste, un très-grand bûcher, que surmontent des bûches de sandal, mêlées à des nâgésars, auxquels sont unis de généreux aloès; bûcher riche de tous les parfums, incomparable par ses grands arbres de sandal jaune. Ils portent sur la pile terminée le monarque vêtu d'une robe de lin, et, s'inclinant, les Rakshasas déposent le corps couché sur un lit.

Aussitôt les prêtres, versés dans la science des Védas, commencent en l'honneur du roi la cérémonie dernière; ils immolent pour le monarque des Rakshasas la suprême victime des morts. Ils orientent l'autel au sud-est et portent le feu à sa place consacrée. Vibhîshana, qui s'approche en silence, y dépose la cuiller du sacrifice.

Tous les brahmes alors, le visage noyé de larmes, répandent, suivant le rite, à pleines cuillers, sur le mort un beurre liquide et clarifié dont l'antilope a fourni la matière. Ils mettent un char à ses pieds, un mortier dans un grand intervalle; d'autres placent sur le bûcher différents arbres à fruit. Ils déposent le moushala du magnanime au lieu fixé pour lui, suivant la règle établie par un des Maharshis et prescrite dans les Çâstras.

À la suite de ces choses, les Rakshasas immolent en l'honneur du monarque une victime de bétail qu'ils oignent tout entière de beurre clarifié, couchent dans un tapis et jettent dans le feu du sacrifice. Puis, l'âme consumée de tristesse et la face baignée de larmes, ils inondent Râvana de grains frits, de parfums, de bouquets et d'autres oblations.

Enfin Vibhîshana, suivant les prescriptions du rite, applique le feu au bûcher; et la flamme, se développant éclatante, dévore aussitôt le monarque aux dix têtes.


Alors, congédiant le char divin, resplendissant à l'égal du soleil qu'Indra lui avait prêté, Râma à la grande science fit ses révérences à Mâtali: «Tu as déployé une grande puissance, tu m'as rendu le plus éminent service, lui dit-il; retourne maintenant, je t'en donne congé, dans le séjour des Immortels.» Il dit; et sur la permission ainsi donnée, le cocher d'Indra, Mâtali, remonte dans son char et s'élève aussitôt vers le ciel.

Le vaillant Râma dit ces paroles au singe Hanoûmat, ce héros qui ressemblait à une grande montagne et qui s'approcha, les mains réunies en coupe à ses tempes: «Demande, mon ami, la permission à Vibhîshana, le puissant monarque; puis entre dans la ville de Lankâ et va souhaiter le bonjour à la princesse de Mithila. Annonce à ma Vidéhaine, ô le plus éminent des victorieux, que je suis en bonne santé, de même que Sougrîva, de même que Lakshmana, et que Râvana fut tué dans la bataille. Raconte à ma Vidéhaine ces agréables nouvelles d'ici, et veuille bien revenir aussitôt qu'elle t'aura donné ses commissions.»


Quand le singe à la grande splendeur se fut introduit dans le palais opulent de Râvana, il vit, dépouillée de tous honneurs Sîtâ, la vertueuse épouse de Râma. La tête courbée, le corps incliné, l'air modeste, il salua la Mithilienne et se mit à lui répéter toutes les paroles de son époux: