«Tu ne dois pas quitter ces lieux sous aucun prétexte: où d'ailleurs irais-tu en l'état où tu es? Un jour, on te rendra tes ailes; attends ainsi le moment!

«Depuis lors, consumé par la douleur, mais docile aux paroles du solitaire, je n'ai pas voulu déserter mon corps, soutenu que j'étais par l'espérance de voir le plus noble des Raghouides. Chaque jour, sorti de ma caverne et marchant à pas bien lents, je gravissais péniblement la montagne et là j'attendais l'arrivée de vos seigneuries. Aujourd'hui trois siècles complets d'années ont coulé depuis le jour que j'ai mis dans mon cœur ces paroles de l'anachorète et que j'observe curieusement les temps et les lieux.

«Mon fils me nourrit ici avec les uns ou les autres des aliments les plus divers. Un jour, il s'en était allé au mont Himâlaya faire une visite à sa mère. Il rencontra le Démon, qui enlevait la Mithilienne: ses ailes fermaient le passage à Râvana; mais, considérant ma triste condition et ne s'attachant qu'à son devoir de fils, il ne voulut pas engager un combat avec lui. Quoique je connusse bien toute la vigueur du cruel Démon, je blâmai Soupârçwa, mon fils, avec des paroles sévères: «Comment, lui dis-je, n'as-tu pas sauvé la Mithilienne?»

Il dit; et les chefs des quadrumanes sentent leur joie doublée à ces paroles, que le roi des vautours avait distillées de sa bouche avec une saveur d'ambroisie.


Alors que Sampâti causait de cette manière avec eux, il repoussa des ailes au magnanime volatile en présence de ces hôtes des bois. À la vue des rames aériennes qui soudain lui étaient nées, enveloppant tout son corps de leurs plumes, le vautour à la grande vigueur fut rempli avec son fils d'une joie sans égale.

Le monarque des oiseaux, voulant connaître jusqu'où ses ailes pouvaient s'élever, déploya son essor du sommet de la montagne; et tous les singes de suivre, les regards tournés vers la cime du mont, Sampâti dans son vol sublime, avec des yeux que l'admiration tenait tout grands ouverts. Puis, l'oiseau vint se reposer sur le faîte et reprit de nouveau la parole en ces termes, d'une voix que sa joie avait épanouie dans les plus suaves modulations:

«Singes, vous voyez tous quel est ce miracle du rishi Niçâkara, en qui la pénitence avait consumé entièrement la matière!

«N'épargnez aucun effort! vous arriverez bientôt à découvrir Sîtâ; le saint n'a fait renaître mes ailes sous vos yeux que pour vous en donner l'assurance!

«Il vous faut diriger vos pas, singes, vers la haute montagne au vaste sommet, qui est située au nord pour la mer du Midi: une faible distance la sépare du mont Malaya. Là, confiez tous la charge de sauter par-dessus la mer à ce héros, qui parmi vous est capable de franchir cent yodjanas sans trouver ni rocher, ni terre où il puisse mettre un instant son pied!» À ces mots, il dit adieu aux quadrumanes et, s'étant plongé au milieu des airs, il partit d'un essor rapide comme les ailes de Garouda.