À cette vue de l'oiseau que son vol emportait au loin, Angada, le fils de Bâli, au comble de la joie dit aux princes joyeux des singes: «Maintenant qu'il nous a transmis les nouvelles de la Vidéhaine et sauvé les singes de la mort, l'oiseau Sampâti retourne à sa demeure, l'âme satisfaite. Venez donc! marchons vers la montagne située au nord pour la mer du Midi. Quand nous serons arrivés sur le rivage, nous penserons au moyen de traverser le vaste Océan.»
Alors, d'un pas égal à celui du vent, les singes, dans une résolution bien arrêtée, s'avancent, l'âme contente, vers la plage désirée, sur laquelle préside le noir souverain des morts.
À la vue de cette mer sans rivage ultérieur comme le ciel, ceux-ci parmi les singes tombèrent dans l'abattement, ceux-là tressaillirent de joie. Dans le but de ranimer leur courage, le fils de Târâ, voyant le visage consterné de quelques singes, Angada leur tint ce langage, après qu'il eut salué les grands et sollicité d'un mot l'attention des autres:
«Quadrumanes à l'héroïque vigueur, il ne faut pas vous abandonner au découragement; car l'homme découragé ne peut mettre fin à son affaire. L'homme qui, s'armant d'énergie en face d'un obstacle, résiste à son découragement, ne laisse jamais derrière lui son œuvre imparfaite.
«Qui pourrait aller d'ici à Lankâ et revenir en deux bonds vigoureux? Qu'il réfléchisse mûrement et qu'il parle, celui qui possède en lui-même ce don merveilleux de franchir une distance! celui grâces auquel, revenus un jour d'ici, heureux et couronnés du succès, nous reverrons nos fortunes, nos épouses et nos fils!»
À ces paroles d'Angada, qui que ce fût parmi les singes ne répondit un seul mot, et les chefs du peuple restèrent là tous immobiles.
Gaya dit ces mots le premier: «Je puis nager dix yodjanas.»—«Et moi, dit Gavâksha, j'irai plus loin, jusqu'à vingt yodjanas!»—«Quant à moi, dit Gavaya, je peux franchir dans un seul jour trente yodjanas!» Ainsi parla dans cette assemblée des singes ce quadrumane vigoureux et cher à la fortune. Après lui, Çarabha, le singe d'une valeur incomparable, d'une bien grande vigueur et d'un aspect semblable au sommet d'une montagne, répondit ces mots aux paroles d'Angada: «Je puis aller quarante yodjanas dans un même jour!»
«Parcourir cinquante yodjanas, ce m'est chose facile, nobles singes!» dit ensuite Gandhamâdana, le fortuné singe à la couleur d'or. Puis Maînda, pareil au mont Himâlaya, tint ce langage: «Ma force est capable de soutenir une marche de soixante yodjanas!»—«Et moi j'irai sans doute jusqu'à soixante-dix,» répondit au bel Angada Dwivida à la grande splendeur.
Après celui-ci: «Singes, fit le sage Nîla, fils d'Agni, je puis nager quatre-vingts yodjanas!»—«Je pourrais bien fournir quatre-vingt-dix yodjanas complets!» dit avec assurance le fortuné Nala, ce noble singe de qui Viçvakarma fut le père. «Et moi, quatre-vingt-douze!» répond à son tour le vigoureux Târa, d'une force et d'un courage immenses. Profond comme l'Océan et rapide comme le vent, semblable au Mandara par sa taille et d'une splendeur égale à celle du soleil ou du feu, le singe Djâmbavat, saluant tous les chefs des quadrumanes, dit avec un sourire en présence des plus nobles simiens: