«Certes! ni pour le saut, ni même pour la marche, ma force, ma vigueur et mon courage ne sont plus ce qu'ils étaient dans les jours de ma jeunesse, au temps de mes jeunes années!
«Trois et trois fois, Djatâyou et moi nous décrivîmes un pradakshina autour de l'éternel Vishnou dans le sacrifice de Bali et pendant qu'il opérait ses trois pas célèbres. Je calcule où peut aller maintenant ma puissance de marcher: ce doit être sans doute jusqu'à cent yodjanas, moins neuf ou dix. Et cette force ne paraît pas suffisante pour atteindre le but proposé.»
Tandis que Djâmbavat parlait en ces termes pleins de sens et de raison, le fils du Vent, Hanoûmat, semblable à une montagne, ne dit rien alors de sa force et de son courage. Mais, ayant salué ce grand singe, le magnanime Djâmbavat, Angada lui répondit ces belles et magnifiques paroles: «Je pourrais bien marcher cent yodjanas, il n'est aucun doute, singes; mais je ne pourrais supporter la fatigue d'un prompt retour. À cause de mon jeune âge et par son attention à tenir mon existence éloignée de la douleur, mon père, sans considérer mes défauts ou mes qualités, m'a toujours élevé dans les délices, et sa tendresse ne m'a jamais accoutumé à la fatigue.»
Djâmbavat à la grande sagesse lui dit ces mots en souriant: «Il ne convient pas à toi, héros, de parler ainsi dans l'assemblée des singes. Nous savons tous, roi de la jeunesse, quelle est ta vigueur; tu peux revenir, ayant passé et repassé cent fois le grand Océan.
«Tu es notre maître et le fils de notre maître, ô le plus grand des singes: réunis autour de ta grandeur, elle nous inspire dans la discussion des affaires. Il est donc impossible à toi de nous quitter pour t'en aller quelque part, comme il ne convient pas à nous-mêmes de te laisser aller seul, prince héroïque des simiens.»
À ces paroles du noble pasteur des singes, Djâmbavat à l'éminente sagesse, Angada fit cette réponse d'un visage que la joie se partageait avec la tristesse: «Si je ne vais pas moi-même, ou si un autre chef ne va pas vite à Lankâ, nous courons tous un affreux danger! Certes! il nous faudra nous asseoir une seconde fois dans le jeûne de la mort; car, si nous revenons dans nos patries sans avoir effectué l'ordre que nous a donné le prudent monarque des singes, je n'y vois pas un moyen de sauver notre vie! Mais, si je vais à Lankâ, mon retour n'est qu'incertain. «Or, dit-on, un trépas douteux vaut mieux qu'une mort assurée.»
Alors que le roi de la jeunesse, Angada, eut prononcé de telles paroles, tous les singes, portant les mains en coupe à leurs tempes, de s'écrier aussitôt: «Il est impossible que ta grandeur s'en aille d'ici nulle part à la distance d'un seul pas! À ta vue, nous croyons tous posséder Bâli même de nos yeux! Nous souffrirons tous avec toi ce qui peut t'arriver de Sougrîva, le bien ou le mal, le plaisir ou la douleur!»
À ces belles paroles que les chefs des simiens adressaient au prince héréditaire, Djâmbavat aux longs bras passe les quadrumanes en revue dans sa pensée et répond, orateur disert, au fils de Bâli:
«Prince des singes, je connais le héros quadrumane qui peut franchir cent yodjanas et revenir couronné du succès.»
Quand il eut parcouru de ses regards cette armée abattue des singes, qui formait plusieurs centaines de milliers, Djâmbavat s'avança vers Hanoûmat, couché à part, sans mot dire, lui, habile dans toutes les matières des Çâstras et l'un des principaux de l'armée quadrumane: «Pourquoi, lui dit-il, pourquoi ne parles-tu pas, Hanoûmat?