«Je suis vieux aujourd'hui, ma vigueur s'est évanouie; la saison où me voici maintenant est celle de la mort; tous les dons au contraire accompagnent l'âge dont jouit ta grandeur. Déploie donc, héros, déploie donc tes moyens! N'es-tu pas en effet le plus excellent des singes? De même que tous les êtres suivent le Dieu qui dispense la pluie; de même la vie du monde tend vers ce magnanime, qui toujours, dans une difficulté survenue, attaque l'obstacle avec énergie; car la chose de l'homme, n'est-ce pas l'exercice du courage?»
Excité par le plus vénérable des singes, le fils du Vent, ce guerrier d'une vitesse renommée, se fit soudain une forme allongée propre à naviguer dans les airs, spectacle qui ravit alors toute l'armée des simiens.
Tandis que l'intelligent quadrumane se gonflait, son visage enflammé brillait, semblable au soleil, roi du ciel, ou tel qu'un feu sans fumée. Il se leva du milieu des singes, et, le poil hérissé, il s'inclina devant les grands et leur tint ce langage: «Qu'il en soit ainsi! Je passerai la mer, en déployant ma vigueur, et je reviendrai, ma mission accomplie: ayez, singes, ayez foi tous en moi!
«Veuillez écouter quel est mon courage, quelle est ma force, quel fut mon auguste père, et prêter l'oreille à toute cette aventure de ma mère. Si je vous entretiens de ma race, c'est pour vous inspirer de la confiance en mon héroïque vigueur: ce n'est pas l'envie d'exciter l'admiration, ni l'orgueil, ni le penchant naturel à parler, qui m'ouvre la bouche.
«Il est un limpide tîrtha de la mer occidentale, piscine renommée, où les saints anachorètes viennent se baigner avec recueillement: il est nommé Prabhâsa. Là, vivait un éléphant des plages célestes, appelé Dhavala: intrépide, méchant, doué d'une force épouvantable, il donnait sans pitié la mort à tous les solitaires. Ce monstre fondit un jour sur le saint anachorète Bharadwâdja, vénéré de tous les rishis et qui s'en allait dévotement se baigner dans les eaux du tîrtha.
«Mon père, tel que la cime d'une montagne, se fit à la hâte une forme d'une affreuse épouvante et s'élança tout à coup sur l'impétueux pachyderme. Le terrible monarque des singes aussitôt de lui déchirer avec acharnement les yeux de ses dents et de ses ongles aux pointes finement acérées. Puis, fondant sur lui d'un bond rapide, mon père lui arracha de la bouche, quoi qu'il fît, ses deux longues défenses, et, lui en assénant deux coups rapides, le tua avec ses propres armes. Le monstrueux éléphant tomba sans vie sur la montagne, comme une autre montagne qui s'écroule.
«Quand il vit tué ce terrible animal, l'anachorète prit mon père avec lui et s'en fut annoncer aux solitaires que le monstre n'était plus: «Cet éléphant, dont la rage dévasta entièrement le saint tîrtha, il est tombé leur dit-il, sous les coups de ce roi des singes aux prouesses infatigables!» À cette nouvelle, la société joyeuse des anachorètes de se rassembler tous les uns avec les autres et de résoudre: «Qu'il faut accorder à l'héroïque singe la grâce qu'il désire.» Tous ces ermites, les plus savants des hommes instruits dans les Védas, laissèrent donc à mon bien magnanime père de choisir lui-même cette faveur. «Je voudrais obtenir, fit-il, déclarant son choix, je voudrais obtenir, s'il plaît à la bienveillance des brahmes, un fils immortel, d'une beauté comme on peut la souhaiter, et d'une force qui fût celle de Mâroute même!»
«Certainement, grand singe! lui répondirent les anachorètes satisfaits, il te naîtra un fils tel que tu le demandes!» Ils dirent; et, joyeux de cette grâce obtenue, mon père, à la force héroïque, vécut à sa fantaisie dans les bois aux senteurs de miel.
«Ensuite de cette aventure, il arriva qu'Andjanâ, ma mère, se promenait un jour au temps de sa jeunesse. Cette beauté charmante, que le Malaya vit croître sous les ombrages de sa montagne céleste, était la fille du magnanime Koundjara, le monarque des singes. Parée de sandal rouge, elle venait de baigner sa tête dans la mer, et, laissant flotter ses cheveux humides, elle se tenait alors sur la cime du Malaya. Mâroute la vit en ce moment toute florissante de jeunesse et de beauté, l'étreignit dans ses bras, et, joignant ses mains en coupe, lui dit: