Vêtus en habit de femmes avec des manières de femme, on y voyait courir çà et là des animaux charmants, le corps et le sein radieux.

Ensuite il entendit un son de tambour, de conques, d'instruments à cordes, mêlé au son des instruments de musique à vent.

Il s'avança vers ce lieu, d'où partaient les accords, et vit le char nommé Poushpaka, resplendissant comme l'or. Il avait un demi-yodjana de long; sa largeur s'étendait égale à sa longueur[5]: il était soutenu sur des colonnes d'or avec des portes d'or et de pierres fines. Brillant, couvert de perles en multitude et planté d'arbres, où l'on cueillait du fruit au gré de tous les désirs, on y trouvait du plaisir en toutes les saisons, et sa douce atmosphère se balançait entre l'excès du chaud et du froid.

Note 5:

L'yodjana fait cinq milles anglais, de 1609 mètres chacun: le char avait donc 4 kilomètres 22 mètres ½ de long sur autant de large.

À la vue de ce grand char Poushpaka, aux arcades incrustées de corail, le noble singe monta dans cette voiture céleste et douée même d'un mouvement spontané. Le fils du Vent, Hanoûmat, vit au milieu d'elle un palais magnifique, long et large, tout à fait spacieux, embelli par beaucoup de bâtiments et couvert dans son pourtour de fenêtres en or, avec des portes, les unes d'or, les autres de lapis-lazuli: la présence du monarque ou de l'Indra même des Rakshasas en assurait la défense.

Là, soufflait une senteur exquise, enivrante, céleste, exhalée des breuvages, des onguents de toilette et des bouquets de fleurs. La suave odeur montait, et, parente, elle disait çà et là au singe magnanime, son parent, comme si elle était Mâroute lui-même, revêtu d'une forme: «Approche! approche-toi!»

Hanoûmat s'avance donc: il admire cette grande et resplendissante habitation, aussi chère au cœur de Râvana qu'une noble femme adorée; ce palais rayonnant de ses treillis d'or, au sol pavé de cristal, aux murs couverts de lambris d'ivoire, aux étages duquel on montait par des escaliers de pierreries.

«N'est-ce point ici le Swarga? Ne serait-ce point ici le monde des Dieux? ou le séjour de la perfection suprême?» pensait Hanoûmat, observant mainte et mainte fois ce palais. Il vit là des lampes d'or, qui semblaient méditer, pensives comme des joueurs vaincus au jeu par des joueurs plus habiles. Il vit là des femmes d'une éclatante splendeur, assises par milliers sur des tapis dans une grande variété de costumes avec des bouquets et des robes de toutes les couleurs. Tombé sous l'empire du sommeil et de l'ivresse, quand la nuit fut arrivée au milieu de sa carrière, ce troupeau de femmes, renonçant au plaisir de ses jeux, s'endormit alors en mille attitudes. En ce moment, dans le sommeil des oiseaux, dans le silence des robes et des parures, la salle parut comme une forêt de lotus, où se taisent les abeilles et les cygnes.

Alors cette pensée vint à l'esprit du singe: «Voilà sans doute les étoiles qu'on voit tomber de temps en temps, rejetées du ciel, et qui sont venues toutes se rassembler ici!» En effet, ces femmes rayonnaient là manifestement de la même couleur, du même éclat, de la même sérénité que les grandes étoiles à la splendeur éclatante.

Là, sur des panavas, des tambours, des cymbales, des siéges, des lits magnifiques et de riches tapis, des femmes dorment fatiguées, celles-ci des jeux, celles-là du chant, les autres de la danse.