Ici, un bras mis sur la tête et posé sous de fins tissus, sommeillent d'autres femmes, parées de bracelets d'or ou de coquillages. Celle-ci dort sur l'estomac d'une autre, celle-là sur un sein de la première: elles ont comme oreillers les cuisses, les flancs, les hanches et le dos les unes des autres.
Ces belles à la taille svelte semblaient, par le tissu de leurs bras enlacés, une guirlande tressée de femmes; guirlande aussi brillante qu'au mois de Mâdhava, un bouquet de lianes en fleurs tressées dans un feston, autour duquel voltigent des abeilles enivrées.
Ces dames étaient les filles des hommes, des Nâgas, des Asouras, des Daîtyas, des Gandharvas et des Rakshasas: telle se composait la cour de Râvana. Ainsi que resplendit le ciel par le troupeau des étoiles, ainsi brillait ce chariot divin par les visages, semblables à l'astre des nuits, et les pendeloques étincelantes, qui se jouaient à l'oreille de ces femmes.
Tandis qu'il parcourait tout des yeux, Hanoûmat vit un siége éminent de cristal, orné de pierreries et semblable au trône des Immortels.
Il vit, tel que l'astre des nuits, monarque des étoiles, un parasol blanc, orné de tous les côtés par les plus belles guirlandes suspendues à des rubans. Là, semblable à un nuage et revêtu d'une longue robe en argent, avec des bracelets d'or bruni, ses yeux rouges, ses vastes bras, tous ses membres oints d'un sandal rouge à l'exquise odeur, tel enfin que la nuée, grosse de foudres, qui rougit le ciel au crépuscule du soir ou du matin; là, couvert de superbes joyaux, plein d'orgueil, capable de revêtir à son gré toutes les formes et pareil au Mandara endormi avec ses riches forêts d'arbres et d'arbustes; là, dis-je, éventé par de nobles dames, le chasse-mouche et l'éventail en main, orné des plus belles parures, embaumé de parfums divers et dans les vapeurs du plus suave encens, mais se reposant alors des liqueurs bues et des jeux prolongés dans la nuit, apparut aux yeux du grand singe ce héros, l'amour des filles nées des Naîrritas et la joie des jeunes Rakshasîs, ce monarque souverain des Rakshasas, endormi sur un lit éblouissant de lumière.
Le singe vit couchée dans un lit éclatant, disposé auprès du monarque, une femme charmante, douée admirablement de beauté. Reine du gynœcée, cette blonde favorite, semblable à la nuance de l'or, était là étendue sur un divan superbe: Mandaudarî était son nom.
Hanoûmat la vit, telle que l'éclair flamboyant au sein du sombre nuage, illuminer ce riche palais avec sa beauté et ses parures d'or bruni, enchâssant des pierreries et des perles. Quand le Mâroutide aux longs bras l'eut considérée un moment, sa jeunesse et sa beauté si parfaites lui firent naître cette pensée: «Ce ne peut être que Sîtâ!» Il en fut d'abord saisi d'une grande joie et s'applaudit, émerveillé. Ensuite, le fils du Vent écarte cette conjecture et son esprit sage, embrassant une autre opinion, s'arrête à cette idée sur la princesse du Vidéha:
«Cette dame,pensa-t-il, ne doit, séparée qu'elle est de Râma, ni dormir, ni manger, ni se parer, ni goûter à quelque breuvage. Elle ne doit pas se tenir à côté d'un autre homme, fût-ce Indra, le roi des Immortels! En effet, parmi les Dieux mêmes, il n'existe personne qui soit égal à Râma.»
Il dit; et le prudent fils de Mâroute, promenant sur elle un nouveau regard, observa tels et tels gestes, d'où il conclut que ce n'était point Sîtâ.
Le singe à la grande vigueur fouilla tout le palais de Râvana, sans rien omettre, et ne vit point la Djanakide. Ensuite la crainte d'avoir manqué au devoir lui inspira cette pensée: