Il vit, privée de l'usage des bains et des parfums, les membres hâlés, sa personne non parée, elle si digne de toute parure: il vit telle qu'une statue faite de l'or le plus pur, mais souillée de poussière, il vit Sîtâ fuir dans le char de ses désirs attelé avec les coursiers de la pensée vers le grand et sage Râma, ce lion des rois, qui possédait la science de son âme.

Il la vit saisie de mouvements convulsifs à son approche.

Elle parut à ses yeux comme une gloire, qui se dément, comme la foi en butte au mépris, comme une postérité détruite, comme une espérance envolée, comme une Déesse tombée du ciel, comme un ordre foulé aux pieds.

Comme un autel souillé, comme la flamme éteinte du feu, comme le croissant de la lune, dont le rayon tombe du ciel sur la terre sans nous apporter de lumière.

Il la vit accablée par sa douleur, poussant des soupirs et telle que l'épouse du roi des éléphants, qui, séparée du chef de son troupeau et tombée captive, est gardée dans un peloton de chasseurs.

Consumée par le jeûne, le chagrin, la rêverie et la crainte, maigre, triste, se refusant la nourriture, se faisant, pour ainsi dire, un trésor de macérations, en proie à la douleur et ses mains jointes à ses tempes, comme une Déesse, elle demandait continuellement au ciel de conserver la vie à Râma et d'envoyer la mort à son persécuteur.

Râvana tint ce langage avec amour à l'infortunée Sîtâ, cette femme sans joie, macérant son corps et fidèle à son époux: «À mon aspect, te cachant çà et là dans ta crainte, tu voudrais te plonger au sein de l'invisibilité. Il n'est ici, noble dame, ni hommes quelconques, ni Rakshasas mêmes: bannis donc la terreur, Sîtâ, que t'inspire ma présence. Prendre les femmes de force et les ravir avec violence, ce fut de toutes manières et dans tous les temps notre métier, dame craintive, à nous autres Démons Rakshasas.

«Je t'aime, femme aux grands yeux! Sache enfin m'apprécier, ma bien-aimée, ô toi, en qui sont réunies toutes les perfections du corps, et qui es l'enchantement de tous les mondes! Ainsi, je ne te verrais plus armée de cette haine contre moi, noble dame. Reine, tu n'as rien à craindre ici; aie confiance en moi: accorde-moi ton amour, chère Vidéhaine, et ne reste point ainsi plongée dans le chagrin. Ces cheveux, que tu portes liés dans une seule tresse, comme les veuves, cette rêverie, cette robe souillée, cet éloignement des bains, le jeûne: ce ne sont pas là des choses qui siéent pour toi.

«Ce qu'il te faut, ce sont les guirlandes variées, les parfums d'aloès et de sandal, les robes de toute espèce, les célestes parures, les plus riches bouquets de fleurs, des lits précieux, de magnifiques siéges, et le chant, et la danse, et les instruments de musique: car je t'égale à moi, princesse du Vidéha. Tu es la perle des femmes; revêts donc tes membres de leurs parures: comment peux-tu, noble dame, toi, femme de haut parage, te montrer ainsi devant mes yeux?

«Elle passera cette jeunesse que tu pares avec tant de beauté; ce rapide fleuve du temps est comme l'eau; une fois écoulé, il ne revient plus!