«Tous ces détails, reine, et ce que tu as fait, et ce que tu as dit en face de moi, tout sera conté, sans que rien soit omis, au rejeton de Kakoutstha.
«Si tu ne peux venir avec moi par la voie des airs, donne-moi un signe que Râma sache reconnaître.»
À ces paroles d'Hanoûmat, la jeune Sîtâ, semblable à une fille des Dieux, lui répondit ces mots d'une voix que ses larmes rendaient balbutiante: «Dis au roi des hommes: «Sîtâ la Djanakide, vouée au soin de conserver ta faveur, est couchée, en proie à la douleur, au pied d'un açoka et dort sur la terre nue. Les membres pantelants de chagrin, aspirant de tout son cœur à ta vue, Sîtâ est plongée dans un océan de tristesse; daigne l'en retirer. Maître de la terre, tu es plein de vigueur, tu as des flèches, tu as des armes; et Râvana qui mérite le trépas vit encore! Que ne te réveilles-tu?
«Un héros, toi! ceux qui le disent ne parlent pas avec justesse: en effet, quiconque a souillé l'épouse d'un héros ne peut garder la vie. Le héros défend son épouse et l'épouse sert le héros! Mais toi, héros, tu ne me défends pas: quel signe est-ce d'héroïsme?»
«Tu lui diras ces choses et d'autres encore de manière à toucher son cœur de compassion pour moi, car le feu ne brûle pas une forêt, s'il n'est agité par le vent.»
Quand elle eut ainsi donné fin à ces candides et justes paroles, Sîtâ, levant son visage pareil à l'astre des nuits, regarda une seconde fois dans le çinçapâ fait d'or. Cette noble dame vit, assis au milieu des branches avec sa taille d'un empan, le singe au langage aimable, tenant les deux mains réunies en coupe à ses tempes. À sa vue, la chaste Sîtâ, le cœur affligé, poussant un long soupir, adressa une seconde fois la parole au singe, qui se tenait là dans cette respectueuse attitude:
«Raconte à mon époux ces deux faits de notre vie intime, ce qui sera pour toi le meilleur des signes devant lui: «Au pied du mont Tchitrakoûta, rempli confusément d'arbres et de lianes, dans les massifs des bocages, embaumés par les senteurs de fleurs variées, au temps que j'habitais avec toi un ermitage de pénitents, non loin du fleuve Mandâkinî et dans un lieu vanté des saints anachorètes, un jour, que j'avais recueilli au milieu des bois les racines et les fruits, je m'assis, humide du bain, sur ta cuisse, où tu m'avais attirée. Alors tu pris en jouant de l'arsenic rouge et tu me fis sur le front un tilaka, qui, dans un embrassement, fut imprimé sur ta poitrine.
«Une autre fois, que j'avais étalé des viandes de cerf devant la porte de l'ermitage, une corneille voulut en dérober; mais je l'en empêchai, lui jetant des mottes de terre. La corneille s'irritant vient alors me frapper de tous côtés: en colère, à mon tour, je lève ma robe, comme un bouclier, contre les assauts du volatile. L'oiseau enlève de force, il mange la chair, que j'avais semée en l'honneur de tous les êtres; et toi, Râma, tu n'eus aucun souci que j'eusse perdu ma robe dans cette lutte. Furieuse, moquée de toi, fuyant çà et là, j'étais vaincue de tous côtés par la vigueur de l'oiseau, avide de nourriture. Enfin, épuisée de force, je courus à toi, insoucieusement assis, et je me réfugiai sur ton sein dans une colère que tu pris soin de calmer, toi, que cette petite guerre avait amusé.
«Là, fondant sur moi à tire d'aile, le volatile me frappa encore aux deux seins. Tu me vis alors désolée, irritée par la corneille, essuyant mes yeux sur mon visage baigné de larmes; et ta main secourable, tirant une flèche du carquois, l'envoya contre l'oiseau. C'était l'arme de Brahma, que tu avais encochée: le trait flamboya dans les airs; et la corneille, visée par toi, s'enfuit, prenant des routes différentes. Dans son vol, que précipite la crainte, elle suit le tour de ce globe: tantôt elle se joue au sein du nuage pluvieux, tantôt au milieu des gazelles; mais le dard que tu as lancé la suit comme son ombre. Enfin n'ayant pu trouver la paix dans les mondes, c'est auprès de toi-même qu'elle vient chercher un asile.
«Triste et consternée, elle reçut de toi ces paroles: «La flèche, que j'ai décochée, ne l'est jamais en vain. Quel membre veux-tu qu'elle détruise en toi?» L'oiseau choisit de perdre un œil, que le trait fit périr à l'instant. Tu n'as pas craint de lancer à cause de moi la flèche de Brahma lui-même sur une chétive corneille; et tu peux, maître du monde, épargner le Démon qui m'a ravie de tes bras! Courageux et fort, comme tu l'es, fils de Raghou, pourquoi ne décoches-tu point ta flèche au milieu des Rakshasas, toi, le plus adroit parmi tous ceux qui savent manier l'arc? Chef des hommes, aie donc, héros du grand arc, aie donc pitié de moi!»