À ces paroles de Sîtâ, Hanoûmat répondit en ces termes: «Ton époux accomplira tout ce qui fut dit par toi, Mithilienne. Veuille me confier, noble dame, un signe, que Râma connaisse et qui mette la joie dans son cœur.»
À ces mots, Sîtâ, regardant tout le gracieux tissu de ses cheveux entrelacés dans une tresse, délia sa longue natte et donna au singe Hanoûmat le joyau qui retenait la chevelure attachée: «Donne-le à Râma,» dit cette femme, semblable à une fille des Immortels. Le noble singe reçut le bijou, s'inclina pour saluer, décrivit un pradakshina autour de Sîtâ et se tint à côté, les mains réunies aux tempes. «Adieu! lui dit-il, femme aux grands yeux; ne veuille pas t'abandonner au chagrin!»
Salué, au moment de son départ, avec des paroles heureuses, quand le singe eut incliné sa tête devant Sîtâ et se fut éloigné d'elle, il fit ces réflexions: «Il reste peu de chose dans cette affaire; j'ai vu la princesse aux yeux noirs: mettant de côté les trois moyens[8], qui sont dans l'ordre avant le quatrième, c'est à mes yeux celui-là que je dois employer.
Oupâyas, moyens de succès au nombre de quatre pour réduire l'ennemi: l'action de semer la division, la conciliation, les présents et les mesures de rigueur.
«Oui? Je ne vois que l'énergie maintenant pour dénouer ce nœud: après que j'aurai tué quelque héros éminent des Rakshasas, viendra ensuite, de manière ou d'autre, le tour des moyens amiables.
«Je détruirai donc, comme le feu dévore une forêt sèche, tout le magnifique bocage de ce roi féroce; bocage, riche de lianes et d'arbres variés; bocage, le charme de l'âme et des yeux, semblable au Nandana lui-même! Et ce parc dévasté allumera contre moi la colère du monarque.»
À ces mots, le vaillant Hanoûmat de saccager ce bosquet royal, peuplé de maintes gazelles et rempli d'éléphants ivres d'amour. Bientôt ce bocage n'offrit plus aux regards que des formes hideuses par ses arbres cassés, ses bassins d'eau rompus, et ses montagnes réduites en poussière.
Quand le grand singe, émissaire de l'auguste et sage monarque des hommes eut achevé cet immense dégât, il s'avança vers la porte en arcade, ambitieux de combattre seul contre les nombreuses et puissantes armées des Rakshasas.
Cependant le cri du singe et le brisement de la forêt avaient jeté le trouble et l'épouvante chez tous les habitants de Lankâ. Aussitôt que le sommeil eut abandonné leurs paupières, les Rakshasîs aux hideuses figures virent ce bocage dévasté et le géant héros des quadrumanes.