À ce langage affectueux que lui tient Dadhimoukha, le fils de Bâli adresse à tous les principaux des singes ces réjouissantes paroles: «Le roi, je m'en doutais, nobles singes, vient d'apprendre cet événement: c'est une joie franche qui fait parler ce quadrumane, et c'est la cause qui en porte ici la nouvelle à notre connaissance. Vous avez bu tous à souhait du miel jusqu'à l'ivresse: aussi convient-il maintenant de nous rendre aux lieux où le singe Sougrîva nous attend. Vos excellences doivent agir de telle manière, illustres chefs, qu'elles soient ma règle; car je ne suis qu'un serviteur au milieu de vos excellences. Suis-je vraiment le prince héréditaire? En ce cas, j'aurais le pouvoir de commander: mais il vous convient de me suivre, puisque vous avez terminé votre expédition.»

À peine ont-ils ouï Angada émettre une aussi noble parole, tous les singes à la grande vigueur de s'écrier, l'âme ravie de joie: «Qui parlera jamais de cette manière, s'il tient le sceptre, ô le plus éminent des singes? En effet, aveuglé par l'ivresse de la puissance: «Je suis tout!» Voilà quelle est toujours la pensée d'un roi.»

«Bien! fit Angada; je pars!» et, cela dit, le singe prit son essor au milieu des airs. Tous les principaux des singes mirent leur vol à la suite de son vol, et, comme une nuée de pierres lancée par des machines, ils dérobaient aux yeux l'atmosphère.


Quand Sougrîva, le monarque des simiens, eut appris l'arrivée des singes, il dit à son allié Râma aux yeux de lotus, au cœur battu par le chagrin: «Console-toi, s'il te plaît! on a vu Sîtâ! autrement, il serait impossible que les singes revinssent ici, après qu'ils sont restés absents au delà du temps prescrit.

«Console-toi, Râma, fils charmant de Kâauçalyâ! ne t'abandonne pas au chagrin! On a vu ta Sîtâ, le fait est certain, et ce n'est pas un autre qu'Hanoûmat!»

Dans ce moment, l'on entendit au sein des cieux retentir de joyeuses clameurs: c'étaient les singes, qui, fiers des exploits d'Hanoûmat et criant, s'avançaient vers Kishkindhyâ et semblaient ainsi lui envoyer devant eux la nouvelle de leur succès. À l'ouïe de ces acclamations, le monarque des simiens releva sa grande queue et sentit la joie inonder son âme.

Arrivés au mont Prasravana, les nobles singes courbent la tête devant Râma et devant le héros Lakshmana; ils se prosternent, le prince héréditaire à leur tête, aux pieds de Sougrîva, et commencent à raconter les nouvelles qu'ils apportent de Sîtâ.

Le Mâroutide éloquent, Hanoûmat exposa de quelle manière il était parvenu à voir l'auguste princesse:

«Captive dans le gynœcée de Râvana et sous la garde vigilante des Rakshasîs, la reine Sîtâ, digne de tout plaisir, est toujours ensevelie dans une profonde douleur. Infortunée, elle porte ses cheveux noués dans une seule tresse[10]; elle n'a de pensée que pour toi, son âme est tout absorbée en toi; et, les membres sans couleur, comme un lac de lotus à l'arrivée des neiges, elle n'a pour couche que la terre. L'âme détournée avec horreur de Râvana, elle est résolue de mourir. Telle Sîtâ parut à mes yeux mêmes, rejeton de Kakoutstha, quand j'eus trouvé un moyen pour m'approcher d'elle.»