Signe de deuil, où l'on reconnaît une femme, de qui l'époux est mort ou absent.
Quand Hanoûmat eut donné à Râma la perle d'une beauté céleste et brillante d'une splendeur native, il ajouta, les mains réunies en coupe à ses tempes: «Saisissant une occasion que lui offraient ses Rakshasîs, la charmante Sîtâ me dit ensuite, les yeux noyés dans les pleurs du chagrin:
«Ne manque pas de conter entièrement à Râma, le plus élevé des hommes, ce héros, dont le courage est une vérité, ce que tes yeux ont vu et ce que tes oreilles ont entendu ici de ces affreuses Démones: répète-lui, et ces invectives que leur maître a vomies contre moi, et ce langage que m'a tenu, et cette épouvantable menace que m'a faite Râvana lui-même. Je n'ai plus que deux mois à vivre; c'est le terme, dans lequel m'a renfermée ce monarque des Rakshasas.»
À ces mots, que lui adressait Hanoûmat, Râma le Daçarathide, ayant pressé la perle contre son cœur, se mit à pleurer avec Lakshmana. Quand il eut contemplé cette perle, la plus riche des perles, l'époux infortuné, bourrelé de chagrins, articula ces mots, les yeux noyés de larmes: «Tel que la vache périt d'amour loin du veau qu'on dérobe à sa tendresse, tel je languis; mais la vue de ce joyau est pour moi comme l'aspect de ma Vidéhaine. Cette parure fut donnée à la princesse du Vidéha par le roi son beau-père ce jour qu'elle devint sa bru: attachée entre ses tempes, elle brillait alors du plus vif éclat!
«Cette perle, née dans les eaux, était en bien grande vénération; car le sage Indra jadis l'avait donnée au roi, mon père, comme un témoignage de la plus haute satisfaction. La vue de cette perle magnifique semblait à mes yeux la vue même de mon père: aujourd'hui, bon Hanoûmat, c'est comme la vue de Sîtâ qu'elle vient ici m'offrir avec la sienne!
«Cette perle rare fut portée longtemps par ma bien-aimée: en la revoyant aujourd'hui, il me semble voir Sîtâ même. Que t'a dit ma Vidéhaine, beau singe! Ne te lasse pas de me le dire: verse l'eau de tes paroles sur mon cœur incendié par le feu du chagrin.»
À ces mots de Râma, le noble singe Hanoûmat répondit en racontant de nouveau les événements passés, qu'il avait reçus de Sîtâ comme un signe pour l'accréditer.
«Belle reine, dis-je à cette femme d'une taille ravissante, monte sur mon dos, sans balancer. Je ferai voir à tes yeux aujourd'hui même l'auguste Râma, ce maître de la terre, assis entre Lakshmana et Sougrîva: c'est là mon dessein bien arrêté!» «Noble singe, me répondit ensuite la reine, m'asseoir de mon plein gré sur ton dos, ce n'est pas une chose que permette le devoir. Héros, mon corps, il est vrai, a touché le corps du Rakshasa; mais je n'étais pas maîtresse de l'empêcher: dois-je faire volontairement une chose toute semblable à cette heure, que la nécessité ne m'y contraint pas?
«Va donc, tigre des singes, va seul où sont les deux fils du plus noble des hommes!
«Veuille bien agir de telle sorte que mon époux aux longs bras m'arrache bientôt à cette vaste mer de chagrins. Adieu, ô le plus héroïque des singes! Que ton voyage soit heureux!»