Les singes, ayant franchi et les sommets du Vindhya et ceux du Malaya, cette alpe sourcilleuse, arrivèrent, suivant l'ordre des bataillons, sur les bords de la mer au bruit épouvantable.

Descendu sur la plaine, accompagné de son frère et de son allié, Râma de gagner promptement la majestueuse forêt du rivage; et là, dans cette vaste plage aux franges toutes baignées par les vagues, aux roches nettes et lavées par les ondes, ce héros, le plus aimable de ceux qui savent plaire: «Sougrîva, dit-il au roi des singes, nous voici arrivés au réceptacle des ondes salées.

«Voici le moment venu pour nous de mettre en délibération les moyens de traverser ici la mer. Que personne dans les héros singes, quel qu'il soit et de quelque endroit qu'il vienne, ne quitte son armée pour aller dans ce bois, dont les périls sont cachés et qu'il faut reconnaître!» Ces paroles de Râma entendues, Sougrîva et Lakshmana firent camper l'armée sur les bords de cette mer aux rives plantées d'arbres.


Le camp de l'armée bien attentive et bien en garde fut assis par Nîla dans un lieu favorable et suivant les règles sur le rivage septentrional de la mer. Alors deux généraux des singes, Maînda et Dwivida, battirent de tous côtés la campagne, voltigeant en éclaireurs à l'entour des armées.

Tandis que l'armée était campée sur le bord du souverain des rivières et des fleuves, Râma tint ce discours à Lakshmana, qu'il voyait se tenir à ses côtés: «Le chagrin s'en va avec le temps qui s'écoule, c'est l'effet constant ici-bas: au contraire, l'absence de ma bien-aimée augmente de jour en jour mon chagrin.

«Quand s'envolera donc la Djanakide, mon épouse, du milieu des Rakshasas dissipés devant elle comme un trait de la foudre, qui a fendu le sombre nuage? Telle que la riante fortune, quand verrai-je donc, victorieux de l'ennemi, la charmante Sîtâ aux yeux grands comme les pétales du lotus?

«Quand me dépouillerai-je au plus vite de cet affreux chagrin que m'inspire l'absence de la Mithilienne, et me revêtirai-je de la joie comme d'un autre habit blanc? Cette femme d'une nature infiniment délicate, le jeûne et le chagrin ont dû la rendre plus délicate encore dans la situation où elle est tombée par l'adversité de sa fortune. Quand donc, ayant plongé mes flèches dans la poitrine du monarque des Rakshasas, quand pourrai-je donc ramener ma Sîtâ, noyée maintenant sous les vagues furieuses du chagrin?»

Tandis que le judicieux Râma se livrait à ces plaintes, le soleil, dont le jour près de finir avait émoussé les rayons, parvint à la montagne où son astre se couche.