Tandis que les Rakshasas et les singes combattaient ainsi, le soleil parvint à son couchant et fut remplacé dans les cieux par la nuit destructive des existences. Alors un combat de nuit infiniment épouvantable s'éleva entre ces guerriers qu'une haine mutuelle armait l'un contre l'autre et qui tous désiraient également la victoire: «Es-tu Rakshasa?» disaient les singes; «es-tu un singe?» criaient les Rakshasas; et tous, à ces mots, ils se frappaient dans le combat de coups réciproques au milieu de cette affreuse obscurité. «Fends!... déchire!... amène!» disaient les uns; «Traîne-le!... mets-les en fuite!» criaient les autres. On ne distinguait que ces mots dans un bruit confus au milieu de cette affreuse obscurité.
Sous leurs cuirasses d'or, les noirs Démons apparaissaient dans les ténèbres comme de grandes montagnes, dont le feu consume les forêts et les herbes. Les ours, couleur de la nuit, circulaient pleins de fureur et dévoraient les noctivagues au milieu de cette affreuse obscurité. Remplis de colère, les Rakshasas à la vigueur immense criaient eux-mêmes çà et là, dévorant les quadrumanes au milieu de cette inextricable nuit.
Les singes, élevant, abaissant leur vol, plongeaient à leur tour dans l'empire d'Yama les Rakshasas, qu'ils frappaient avec les poings et les dents. Répétant leurs assauts, ils déchiraient à belles dents, pleins d'une violente colère, et les coursiers aux riches panaches d'or, et les drapeaux semblables à la flamme du feu. Répétant leurs assauts, ils mettaient en pièces avec l'ongle et la dent les chars, les conducteurs, les fantassins, les éléphants et les guerriers habitués à combattre sur les éléphants.
Râma et Lakshmana, visant avec justesse aux plus excellents des noctivagues, les frappaient de leurs flèches pareilles à la flamme du feu.
Déroulée par le sabot des chevaux et soulevée par les roues des chars, une poussière épaisse dérobait aux yeux et les armées et toutes les plages du ciel.
Le bruit confus des tambours, des tymbales et des patahas, mêlé d'un côté au son des conques et des flûtes, jouées par les terribles Démons aux formes changeantes, d'un autre aux gémissements des Rakshasas blessés, aux cliquetis des armes, aux hennissements des chevaux, frappaient les oreilles du plus épouvantable fracas. Le champ du combat, affreux à voir, affreux à marcher dans un bourbier de chair et de sang, n'offrait là que des bouquets d'armes au lieu de ses présents de fleurs.
Alors, enflammé de colère, Indradjit, furieux, se mit à ravager de toutes parts l'armée d'Angada par une averse de flèches.
Angada, ce roi vigoureux de la jeunesse, arrache, l'âme tout enveloppée de colère, un vaste rocher à la force de ses bras et pousse trois et quatre fois un cri. Submergé sous un torrent de flèches, le prince simien lance rapidement son roc et brise le char de son ennemi sous la chute impétueuse de cette masse. Indradjit, à qui le terrible singe avait tué ses chevaux et son cocher, abandonne son char à l'instant, et, puissant magicien, il se rend alors même invisible.
Indradjit, humilié, ce héros méchant, habile à manier toutes les flèches et terrible dans les batailles, courut sacrifier au feu suivant les rites sur la place destinée à consumer les victimes. Tandis qu'il célébrait les cérémonies en l'honneur du feu, les Yâtavas s'empressèrent d'apporter là, où le Râvanide était, des bouquets de fleurs, des habits et des turbans couleur de sang: des flèches à la pointe aiguisée, des morceaux de bois, des myrobolans belerics, des vêtements rouges et une cuiller double en fer noir. De tous côtés, à l'entour du feu, ils jonchèrent le sol de flèches, de leviers en fer et de traits barbelés.
Le guerrier, avide de combats, égorgea vivant un bouc noir et versa dans le feu, suivant les rites, le sang recueilli du cou. Une grande flamme, pure de fumée, s'allume soudain, et des signes, présage de victoire, se manifestent avec elle. Le feu s'enflamme de lui-même, et, tournant au midi la pointe de sa flamme, couleur d'or épuré, il accepte gracieusement l'oblation de beurre clarifié. Ensuite, du milieu des feux sacrés s'élança un char magnifique, attelé de quatre beaux coursiers avec des panaches d'or sur la tête.