Ph. N D.
GAND—L'HOTEL DE VILLE
Toutes, ou presque toutes, ont subi les stigmates de l'invasion. Namur, qui fut défendue, Namur, qui fut bombardée et prise après un siège en règle, a relativement peu souffert. Ce sont les villes ouvertes, les villes où les Allemands sont entrés sans coup férir ou après des batailles gagnées, qu'ils ont pillées et brûlées. A Dinant où les Allemands, vaillamment attaqués par une avant-garde française avaient d'abord subi un sanglant échec, sur quatorze cents maisons que comptaient la ville et ses faubourgs deux cents à peine sont encore debout. Près de l'église dont les débris calcinés sont éclaboussés d'une boue sanglante, cent vingt hommes ont été mitraillés sous les yeux de leurs femmes; à l'autre extrémité de la place, quatre-vingt-quatre autres ont été fusillés. Pour qu'ils fussent atteints plus sûrement on les avaient massés en carré contre un mur: les pelotons allemands tiraient dans le tas. Suivant le rapport officiel belge, la liste des victimes civiles de Dinant se monte à huit cents noms et là où s'élevait une des plus jolies villes de la Meuse il ne reste plus que des ruines désertes, un fantôme, un squelette de ville.
Andenne, moins pittoresque que Dinant, mais agréablement située sur le bord de la Meuse entre Liége et Huy et qui n'en était pas moins une accorte et charmante petite cité wallonne a eu à peu près le même sort. Et ici le drame est encore plus inexplicable car les Allemands n'avaient pas eu à se battre autour d'Andenne comme ils avaient eu à se battre autour de Dinant. «Après deux jours d'une occupation plus ou moins pacifique, raconte M. Pierre Nothomb dans son terrible livre: Les Barbares en Belgique, le jeudi 20 août à 6 heures du soir, une vive fusillade éclata de divers côtés à la fois et une douzaine de maisons entre la Meuse et la gare se mirent à flamber. Les habitants réfugiés dans leurs caves et qui avaient cru d'abord à une arrivée des alliés sur la ville virent bientôt que la fusillade était dirigée contre eux. Ceux qui allèrent à leur seuil pour voir ce qui se passait furent tués. Le bourgmestre, M. Camus, remonté de sa cave pour fermer sa porte fut blessé d'une balle égarée; son corps fut aussitôt criblé de vingt coups de baïonnettes. De véritables feux de salve furent dirigés vers les caves et les soupiraux.»
Trois cent vingt bourgeois furent ainsi assassinés, la plupart sous les yeux de leur femme et de leurs enfants, et trois cents maisons furent brûlées. L'officier qui présida à ce beau fait de guerre s'appelle Schœnman. Mais le général von Bülow s'empressa d'en prendre la responsabilité:
«C'est avec mon consentement, déclara ce noble homme de guerre, que le général en chef a fait brûler toute la localité d'Andenne et que cent personnes environ ont été fusillées». Il trouvait apparemment que son subordonné avait un peu exagéré en en tuant plus de trois cents...