Huy fut moins cruellement traitée: on y a fusillé quelques otages, brûlé et pillé quelques maisons, mais c'est peu de chose, relativement à ce qui fut fait ailleurs.

Quant aux villages des rives de la Meuse ou des plateaux voisins, quant aux villas et aux châteaux qui peuplaient les bois à flanc de coteau, tous ont été pillés.

Mais certaines régions des Ardennes ont peut être souffert davantage. L'offensive française s'y porta d'abord, et si nos troupes finalement durent battre en retraite, ce ne fut qu'après de durs combats où les Allemands perdirent beaucoup de monde.

C'est un pays de bois, de plateaux arides, coupé de vallées profondes, un pays qui se prêterait merveilleusement à la guerre de partisans. On sait que les Allemands en ont une peur affreuse: le franc-tireur est leur cauchemar. Aussi, quand les Français qui avaient à défendre le pays pied à pied, profitèrent de la disposition du sol pour tendre d'heureuses embuscades, les attribuèrent-ils aux habitants. Ce fut le prétexte d'affreuses représailles, massacres, fusillades, incendies, bombardements qui n'étaient pas tout à fait, du reste, sans effets militaires, car plus d'une fois nos troupes hésitèrent à défendre un village ou une ferme sans absolue nécessité dans la certitude où elles étaient que leur défense causerait la mort ou la ruine des habitants. Longtemps, on n'a rien su de ce qui s'était passé dans ce malheureux pays qui fut vraiment isolé du reste du monde. On sait aujourd'hui que ses villages furent détruits par centaines, et ses habitants littéralement décimés.

C'étaient aussi de beaux villages, moins riants, moins opulents que ceux de la Meuse, mais d'un pittoresque délicieux: maisons de pierre grise aux toits d'ardoise, clochers pointus, moulins à eau, heureusement situés au bord des claires rivières.

Petits hameaux agrestes et paisibles suspendus au flanc d'une colline, petites villes agricoles et forestières tassées aux carrefours des grand'routes, Rossignol, Maissin, Neufchâteau, Etalle, Paliseul, Herbeumont, Suxy, nous savons que vous aussi vous avez souffert durement de la guerre; et quand nous pourrons à nouveau parcourir ces hauts plateaux de l'Ardenne d'où l'on découvre d'immenses paysages pareils à des fonds de tableaux gothiques, et ces profondes vallées, où tant de fois, dans la paix des choses, nous avons cru qu'on pourrait oublier le monde, nous retrouverons bien des ruines. Mais le pays que vos jolis noms évoquent ne nous en sera que plus cher. Il n'aura rien perdu de son charme qu'il doit à la nature même, à la configuration de son rude sol, à la beauté de son ciel changeant plus qu'à l'effort des hommes, et d'avoir souffert du passage des Barbares il ne nous paraîtra que plus émouvant.

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En pays flamand, au contraire, les ravages sont irréparables. Là, la guerre n'a pas seulement causé des ruines et semé des deuils, elle a modifié tout l'aspect d'un pays. En quelques semaines, elle a détruit l'effort patient de plusieurs siècles.