Les séances solennelles des promotions et des doctorats se déroulaient, avec toute la splendeur du protocole académique, dans l'ancien auditoire de médecine, conservé avec ses bancs, ses stalles, ses tribunes, ses tableaux.

La fondation de la Bibliothèque universitaire de Louvain remonte à 1636; de nombreux fonds de vieux livres et manuscrits, légués par des particuliers, vinrent enrichir considérablement le dépôt et lui donner une importance de premier ordre. Le nombre de nos manuscrits s'élevait environ à 500; le plus célèbre était un petit manuscrit écrit de la main de Thomas a Kempis. Nous possédions également plusieurs livres d'heures ornés d'enluminures très riches et de belles miniatures.

Parmi les trésors innombrables, renfermés dans de grandes armoires d'exposition, on pouvait remarquer: la bulle d'érection du Studium de Louvain, concédée par le pontife Martin V en 1425; le fameux ouvrage d'André Vésale, De humani corporis fabrica, exemplaire sur vélin donné par Charles-Quint à l'Université; un très beau choix de reliures flamandes du XVIe et du XVIIe siècles; les souvenirs de l'ancienne Université, sceaux des Facultés, médailles, diplômes, etc.; des curiosités typographiques, des raretés bibliographiques de tout genre.

La Bibliothèque de Louvain renfermait plus de 250,000 volumes. Sa principale richesse consistait dans les fonds des vieux imprimés et des incunables. Les 800 à 1,000 incunables de Louvain formaient une des collections les plus précieuses de l'Europe; on y rencontrait des éditions très rares, des exemplaires uniques. Les nombreux fonds, cédés par des spécialistes à notre Bibliothèque, contenaient bon nombre des ouvrages réputés, sortis des presses installées dans la ville universitaire dès les débuts de l'imprimerie, alors que l'école de Louvain jouait un rôle si important dans le mouvement de l'humanisme.

Qui ne connaît la part active prise par la Faculté de théologie de Louvain dans les grandes querelles doctrinales? Des mains pieuses avaient réuni en volumes les pièces, les pamphlets, les lettres, les placards relatifs à la Réforme dans les Pays-Bas, au Baïanisme et au Jansénisme. La reconstitution d'un ensemble aussi complet de documents historiques est impossible.

Les Halles de Louvain ont toujours été le centre d'une vie universitaire intense. On semblait voir se dessiner sur ces murs épais et noircis les ombres d'André Vésale et de Juste-Lipse; dans ces vastes locaux, imprégnés de souvenirs précieux et touchants, on songeait à l'ancienne école de Louvain, illuminée des rayons les plus chauds de la Renaissance; on revoyait en esprit ces professeurs «patriotes», défenseurs de nos libertés sacrées, que les soldats autrichiens, sabre au clair, retenaient enfermés dans les Halles universitaires, dans l'espoir de vaincre par la faim leur héroïque résistance.

J'ai vu les ruines de Louvain; j'ai vu se consumer lentement les trésors accumulés par des siècles de labeur fécond et de recherches patientes. Des Halles universitaires il ne reste que des tronçons de colonnes, un amoncellement impraticable de briques, de pierres, de poutres; dans les rues de l'antique cité dévastée, sur les ruines qui couvrent tous les quartiers les plus riches, et, plus loin dans la campagne, des feuillets de manuscrits et de livres à moitié consumés voltigent au gré du vent...

P. Delannoy,
Professeur et bibliothécaire
à l'Université de Louvain.