Une lourde chute de neige survint, qui fit paraître plutôt bizarres les oranges dans les arbres. Je partis pour la chasse, espérant que la neige ferait descendre les cerfs des hauteurs. Je n'en vis pas un, malgré mes efforts, pendant toute une semaine. En revanche, j'aperçus quelques daims et de nombreux sangliers, dont je ne tuai qu'un, pour essayer un nouveau fusil.
Quand je revins à Astrabad, les préparatifs de ma petite expédition dans le pays turkoman étaient terminés, et je me mis en route dans la direction du nord. Tandis que la forêt atteint presque le côté sud de la ville, le pays, au nord, est tout à fait plat et ouvert, avec beaucoup de cultures. Après avoir dépassé quelques hameaux, nous atteignîmes le Kara-Sou, ou «Eau-Noire», au cours lent et boueux. Un pont le traverse, qui mène en plein pays turkoman. Quelques milles d'une plaine admirablement fertile nous conduisirent jusqu'aux bords du Gurgan, un fleuve dont le nom a la même racine que le mot d'Hyrcanie. Un second pont, aussi solide que le premier, est commandé par le fort d'Akkala, ou le Fort-Blanc, une des anciennes places des Kadjars, encore occupé par une garnison, et d'une apparence imposante. Nous ne franchîmes pas le fleuve, mais nous longeâmes sa rive gauche, et, dépassant divers groupes d'alachouk, nous parvînmes au camp de Mousa khan, chef des Ak-Atabai, pour lesquels j'avais une lettre du colonel Stewart.
Pour vous représenter un alachouk, imaginez un cadre de branches recourbées ressemblant à une ruche d'abeilles et d'environ 20 pieds de diamètre; du feutre noir est étendu sur ce cadre, et le résultat est une maison mobile qui, au moins par les temps froids, est préférable à une tente. À l'intérieur, les lares et les pénates sont rassemblés en énormes paquets, tandis que la carabine du maître de l'habitation est suspendue à portée de la main. Des morceaux de tapis sont disposés sur les interstices du feutre, et quand le feu est allumé sur le foyer découvert, on éprouve là-dedans l'impression d'un confort réel, un peu gâtée, il est vrai, par la tomée. Chaque camp était occupé par un nombre de familles allant de dix à trente; elles passent cinq mois au sud du Gurgan, font leurs moissons, puis mènent leurs troupeaux paître près de l'Atrek.
On peut considérer comme la patrie des Turkomans une bande de terrain qui partant de la baie d'Astrabad aboutit aux confins des trois États: la Russie, la Perse et l'Afghanistan.
Leur première apparition importante dans l'histoire date du XIIe siècle, époque où ils renversèrent le sultan Sandjar.
Chah Abbas, lors de son accession au trône, établit de grandes colonies de Kurdes notamment à Boujnourd, et à Koutchan; ce fut évidemment un coup pour les bandits turkomans; mais jusqu'à leur chute définitive, après la prise de Khiva et celle de Merv, ils furent un véritable fléau pour la Perse. On n'en peut juger que lorsque, comme moi, on a vu de leurs anciens prisonniers et su ce qu'ils eurent à supporter; d'autant plus qu'à la férocité naturelle des Turkomans s'ajoutait la haine des Sunnites pour les Chiites. M. Vambéry m'a raconté que, quoique très bien traité lui-même lors de son séjour sur l'Atrek, les spectacles dont il fut témoin lui firent maudire ses hôtes.
PAYSAGE DU KHORASSAN: UN SOL ROCAILLEUX ET RAVAGÉ, UNE RIVIÈRE PRESQUE À SEC; AU FOND, DES CONSTRUCTIONS À L'ASPECT DE FORTINS.—D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.
À ma grande contrariété, j'appris que Mousa khan était allé pour la nuit à Astrabad. Je mis à profit le jour de l'attente que je dus passer là pour visiter les ruines d'une ville nommée aujourd'hui Kizil-Alan. Il y a aussi des monticules, dispersés le long de la vallée du Gurgan, qui ont intrigué les voyageurs. Quelques-uns y ont vu des séries de postes à signaux. Il est plus simple de supposer que ce sont des ruines de villages ou de villes. Nous n'en pouvons dire plus, avant qu'on ait fait des fouilles systématiques. Alors une riche moisson récompensera les explorateurs de l'ancienne Hyrcanie.