ENFANTS NOMADES DE LA PERSE ORIENTALE.—D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.

Pendant notre marche, nous fûmes témoins de la survivance de cette très ancienne coutume, le mariage par capture. Nous rencontrâmes d'abord l'escorte d'une fiancée allant à cheval, dans un somptueux costume blanc et rouge. Un peu plus loin se trouvaient des cavaliers, et, à l'approche de la dame, on organisa une sorte d'escarmouche, jusqu'à ce qu'elle eût fait mine de se rendre.

À Chirwan, je me retrouvai en terrain exploré, et j'arrivai à la route de Koutchan à l'endroit où se fait évidemment un important trafic avec Geok-Tapa, le point le plus rapproché du chemin de fer Transcaspien. L'Atrek était maintenant réduit aux dimensions d'un large ruisseau. Une marche de 35 000 milles, à travers une des vallées les plus fertiles de la Perse, nous mena jusqu à Koutchan. Le district dont cette ville est le chef-lieu est le plus important des trois districts kurdes; jusqu'à ces dernières années, il était semi-indépendant. Nadir Chah fut assassiné en 1747, en essayant de le réduire. L'Ilkhani a été décrit de très amusante façon par lord Curzon; il est généralement dans un tel état d'ébriété, par l'effet de l'opium ou de l'alcool, qu'il est nécessaire de lui annoncer sa visite trois jours à l'avance. Je m'abstins d'aller le voir, désireux de ne pas perdre de temps.

Je trouvai à Koutchan une lettre du consul général britannique à Mechhed, M. Elias, qui m'annonçait fort aimablement qu'il avait envoyé à ma rencontre, à une étape de la ville, un sowar et deux chevaux. Nous frétâmes une voiture pour nous transporter, nous et nos biens, jusqu'à la ville.

Le pays était fertile, mais monotone. Par suite de la forte gelée, la chaussée était dure et unie. Dans l'après-midi du troisième jour, j'aperçus un homme au sommet d'un caravansérail. C'était le sowar, et, en moins de cinq minutes, je trottais dans la direction de Mechhed, laissant Yousouf suivre en voiture. Devant nous, à plusieurs milles de distance, le magnifique dôme doré brillait comme une flamme sous les rayons du soleil couchant.

JEUNES FILLES KURDES DES BORDS DE LA MER CASPIENNE.—D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.

Une foule curieuse nous attendait sur les places de la ville. Par le Khiaban, l'avenue principale, l'Unter den Linden de l'endroit, puis par les rues enchevêtrées, nous arrivâmes au Consulat général, où nous reçûmes un accueil chaleureux. Sans nouvelles du monde extérieur depuis deux mois, j'étais inexprimablement heureux de me trouver dans un milieu ami.

Mechhed, dont le nom signifie «la Tombe d'un Martyr», est ainsi appelée parce qu'elle renferme la tombe d'un saint, Reza, le huitième iman. Son sanctuaire est parmi les plus riches et les plus visités de l'Asie. Le trésor qu'il possède absorbe non seulement de larges tributs annuels en argent et en bijoux, mais reçoit encore en dons et en legs, des terres et des jardins de toutes les classes de la société. Il n'est pas ouvert aux visiteurs chrétiens, ce qui est en Perse une règle presque générale. Cependant elle n'a pas toujours été exactement observée, et l'ambassadeur espagnol à la cour de Timour, Ruy Gonzalez de Clavijo, nous raconte qu'il visita précisément la mosquée de Mechhed.