Le sanctuaire actuel, à ce que j'appris, est au centre de trois belles cours. Ses briques, ses lampes ouvragées et ses grilles d'or mettent autour de lui une atmosphère de beauté bien calculée pour impressionner les dévots.
Aujourd'hui, l'importance politique et commerciale de Mechhed est considérable. Au point de vue britannique, c'est un bon poste pour surveiller l'Afghanistan occidental, et aussi un entrepôt du commerce anglo-indien. Mais pour la Russie, le poste est encore beaucoup plus important, Mechhed étant la capitale de la province du Khorassan, dont Askhabad dépend pour sa subsistance. Comme on peut le supposer, les bazars sont presque entièrement remplis par des marchandises russes, mais les objets de provenance anglaise sont également très appréciés. On trouve donc là l'image de la lutte entre les deux pays qui se disputent l'influence.
LES PRÉPARATIFS D'UN CAMPEMENT DANS LE DÉSERT DE LOUT.—D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.
Lors de ma visite, le poste de consul général britannique était occupé par M. Ney Elias (mort depuis), le doyen d'une série de grands voyageurs dans l'Asie centrale. Les intérêts de la Russie étaient confiés à M. Vlassof, qui devait trouver une sphère d'activité plus vaste en Abyssinie. Comme cela arrive souvent, lui et son secrétaire avaient épousé des Anglaises, ce qui ajoutait beaucoup pour moi aux plaisirs de la société. Je n'ai jamais trouvé un meilleur accueil que dans cette petite colonie européenne. Aussi quand je partis, au bout d'une semaine, pour me rendre à Kirman par le désert de Lout, je me sentis tout à fait malheureux de quitter des amis, dont huit jours auparavant je ne connaissais pas un seul.
En quittant Mechhed, nous suivîmes la route de Téhéran jusqu'à Chérifabad. Elle traverse une région ondulée et tourne à un point d'où les pèlerins, venant du sud, peuvent contempler pour la première fois le dôme sacré.
Le surlendemain, nous eûmes à franchir la passe Bidar, où, à notre grand étonnement, nous trouvâmes une neige épaisse. De ce passage, qui a près de 2 000 mètres d'altitude, nous descendîmes dans la vallée d'une rivière, dont le cours inférieur porte le nom de Kal-i-Sala. Elle est traversée par un pont récemment construit, ce qui est rare en Perse.
Après avoir de nouveau franchi une région accidentée, nous arrivâmes à Turbat, ville de 15 000 habitants, appelée encore archaïquement Turbat-i-Haidari, de la tombe en briques rouges d'un saint réputé, Kutb-u-Din-Haider. Actuellement, on la nomme plutôt Turbat-i-Ichak-Khan, du nom d'un chef des Karaï, mis à mort après avoir essayé de conquérir Mechhed, à la tête d'une confédération de tribus. Turbat, entourée de jardins, est devenue, depuis 1901, un centre russe important; un médecin russe y a été établi, sous la protection des cosaques, pour surveiller les épidémies de peste, ou peut-être de choléra. La soie était autrefois le principal produit de la région; sa culture est redevenue prospère. Mais dans cette région comme dans d'autres, la famine ayant suivi la maladie du ver à soie lui a porté un coup qui se fait sentir encore.
Après Turbat, nous longeâmes le Kal-i-Sala, en changeant plusieurs fois de direction. Il était intéressant de noter que tous les villages marqués sur la carte étaient en ruines, de nouveaux hameaux ayant été construits à côté, tandis que, surprise plus grande encore, la rivière, qui tourne à l'ouest, était figurée comme se dirigeant vers le sud-est.