UN MARCHAND DE KIRMAN.—D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.
La province de Kirman a toujours eu, depuis qu'elle est apparue dans l'histoire, une importance considérable, sinon de premier ordre. Peut-être, étant donné la configuration physique du pays, son étendue est-elle approximativement aujourd'hui ce qu'elle était il y a deux mille ans. D'autre part, la différence est minime entre le nom classique de Kermania et celui de Kirman.
Au point de vue géographique, la province, qui est presque aussi grande que la France, offre un réel intérêt, ne fût-ce que pour la différence des climats, des productions naturelles et des populations que l'on y rencontre. Sur une grande étendue, le pays est plat, les palmiers prospèrent; le froment et l'orge poussent en hiver et sont moissonnés au premier printemps. Dans quelques régions, le Djiruft, par exemple, de beaux plateaux, montant jusqu'à 2 700 mètres, constituent la partie la plus méridionale du principal système orographique de la Perse, dans lequel les chaînes se dirigent approximativement vers le nord-ouest. Dans la partie sud du Kirman, on trouve des pics qui atteignent presque 5 000 mètres. Dans le nord et dans l'est de la province, l'altitude décroît progressivement; cependant les montagnes qui avoisinent la capitale sont élevées, mais au delà s'étendent les basses dépressions désertes du Lout.
La meilleure description qu'on puisse donner de l'ensemble de la province est d'ailleurs qu'elle consiste en partie en désert pur et simple, en partie en désert diversifié par des oasis. Ainsi, le désert s'étend bien à l'ouest, au sud et à l'est de Kirman; mais, à une distance de quelques milles, on trouve de petits hameaux, et sur certains points des villages, entretenus en vie par des sources blotties dans les montagnes, et dont l'eau est amenée à la plaine par des kanats. Dans certains cas, la première source peut se trouver à 120 mètres de profondeur, et de nouveaux puits doivent être creusés à des distances de quelques mètres. Il est impossible de ne pas admirer la patiente industrie des paysans, qui réussissent à assurer leur existence au prix des plus grandes difficultés. Souvent, une forte pluie ou une trombe de sable vient, en effet, obstruer les canaux.
Naturellement, les rivières sont sans importance. Le Halil Roud mérite seul d'être mentionné. Il naît au sud de la grande chaîne dont j'ai parlé, coule à travers le district de Djiruft, et se jette dans la rivière de Bampour. On n'a fait jusqu'ici aucune tentative pour utiliser son eau.
On n'a pris aucune mesure de la chute des pluies dans la province. Comme elle est de 25 centimètres environ à Téhéran, on peut admettre pour Kirman une moyenne de 17 centimètres, ou même moins. Mais il y a, à ce point de vue, des différences entre les districts. Celui de Djiruft est le plus favorisé.
Dans les hauts plateaux, le commencement du printemps est gâté par d'incessantes rafales et des tempêtes de poussière venues pour la plupart du sud-ouest. Les pluies d'orage sont fréquentes dans les bonnes années. À Kirman, au milieu de l'été, les jours sont chauds, mais les nuits sont agréables, et la brise souffle presque chaque après-midi. Les chaleurs sont passées vers le milieu de septembre. Après l'équinoxe d'automne, un brouillard dense règne pendant quelques jours. C'est sans doute la brume dont Marco Polo parle en ces termes: «Et vous devez savoir que lorsque les Caraonas veulent faire une incursion de pillage, ils ont certains enchantements diaboliques, au moyen desquels ils répandent l'obscurité sur la face du jour, à tel point que vous pouvez à peine reconnaître votre camarade chevauchant à côté de vous, et ils peuvent faire durer cette obscurité jusqu'à sept jours.»